Accueil > En action > 73e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945

73e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945

Ce mardi 8 mai, à l’occasion du 73e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945, David Lisnard a présidé les cérémonies devant les monuments aux morts de Cannes la Bocca puis de l’hôtel de ville où il a prononcé un discours fort et profond de conviction.

Après avoir rendu hommage aux soldats des forces alliées, des Forces Françaises Libres et aux anonymes de la Résistance tombés pour notre liberté, le Maire de Cannes a projeté les conséquences de l’histoire du XXe siècle dans notre époque : « Face à la réalité macabre, absurde et tragique des deux guerres mondiales nées sur son sol, l’Europe va connaître au XXe siècle deux mouvements paradoxaux :
– Le déclin de son sentiment de supériorité civilisationnelle qui conduira notamment à la décolonisation et accompagnera l’émergence d’un monde d’abord bipolaire autour de rideau de fer puis multipolaire ;
– La concrétisation d’une Europe unie à travers la construction européenne, ce ralliement des nations pour un destin commun sur un territoire cohérent, qui fût certainement le rêve ultime de ceux qui se sont battus pour la paix et la réconciliation des peuples.
Et parce que la seule quête consumériste ne peut pas faire un projet de vie, parce que l’être humain a besoin de spiritualité, la post-modernité est vouée à l’échec et d’ailleurs déjà dépassée.
Le néant des valeurs laisse la place aux pires des dérives, dont les radicalisations, puisque nous savons avec Hannah Arendt dans « Les origines du totalitarisme » que « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».
Et c’est là que je souhaite évoquer, en ce mois de mai 2018, presque 100 ans après la fin de la première guerre mondiale que nous célèbrerons ici en novembre prochain, 73 ans après la reddition Allemande au cours de la seconde guerre mondiale, et exactement 50 ans après les révoltes de mai 68, le lien entre ces trois évènements qui conduiront le XXe siècle vers l’avènement de la post-modernité.
La boucherie de 1914-1918 a profondément bouleversé le cours de l’histoire par la modification de la perception que l’Europe se faisait d’elle-même et que le reste du monde, alors en grande partie sous sa domination, se faisait de l’Europe.

La seconde guerre mondiale, amplifiera ce phénomène.
Par ces deux guerres à la dévastation industrielle, la violence destructrice de l’Histoire à l’échelle européenne et donc, compte tenue de la réalité géopolitique du XXe siècle, à l’échelle du monde, renvoie l’Homme en général à sa condition tragique et plonge l’Homme européen dans la distorsion dramatique entre les valeurs spirituelles et ses actes guerriers, contradiction insurmontable qui conduira au relativisme et au nihilisme, et à tout le moins à la post-modernité qui fera de la jouissance du temps présent une sorte de crédo dont mai 68 est une expression.
Oui la seconde guerre mondiale est tragique pour les populations civiles comme la Grande Guerre le fût 20 ans plus tôt pour les militaires et leurs familles.
Oui 39-45 c’est la tragédie exacerbée, industrielle, exponentielle : la tragédie des bombardements massifs de villes, la tragédie des deux bombes atomiques, la tragédie des totalitarismes nazis et staliniens du stalinisme, la tragédie du génocide des juifs, tragédie absolue de la Shoah.

La seconde guerre mondiale, ce sont 60 millions de morts, soit 2,5% de la population mondiale de l’époque.
Il naîtra de ces cendres la volonté des nations de prévenir les conflits armés par la création de l’ONU, il naîtra de ces cendres un état, Israël qui célèbre cette année ses 70 ans d’existence.
Il naîtra de ces cendres aussi la construction européenne. »

À la veille de la journée de l’Europe qui se fête le 9 mai, David Lisnard a dénoncé l’erreur des populistes et tracé les réformes à mener au sein de l’institution européenne : « L’Europe est un continent, une réalité géographique. Elle est aussi une réalité historique et civilisationnelle. Elle est depuis le traité de Rome une réalité politique.

Aujourd’hui, l’Europe elle est notre chance. La chance de vivre ensemble et en paix, malgré nos différences, et d’être plus solides, parce que solidaires, dans la lutte contre les nouvelles formes d’extrémisme et de terrorisme. La chance de construire ensemble, malgré des intérêts parfois contraires, un vaste territoire où chacun peut vivre, se déplacer, travailler, en étant partout en liberté et un peu chez lui.
La chance de règles politiques et économiques communes qui assurent à nos pays l’équilibre et la stabilité de leurs relations.

Mais cette Europe est malade, cette Europe est trop présente dans notre vie quotidienne et trop absente dans sa mission protectrice. Où est l’Europe dans les enjeux politiques, au Moyen-Orient ? Où est l’Europe vis-à-vis des kurdes qui ont été déterminants pour combattre l’État Islamique et que nous laissons maintenant sous les bombes turques ? Où est l’Europe comme nécessaire puissance géopolitique ?
Notre devoir est de réformer l’institution européenne, de régénérer une ambition commune, de ré-enchanter l’Europe. En sortant de l’opposition entre Nations et Union.

Car cette dernière est constituée de Nations, toujours vivaces et pertinentes comme communautés de valeurs, communautés civiques, communautés de destin au sens d’Ernest Renan. Comme le disait le Général de Gaulle dans une célèbre conférence de presse le 15 mai 1962 : « Je ne crois pas que l’Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec ses Français, l’Allemagne avec ses Allemands, l’Italie avec ses Italiens etc. Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque espéranto ou volapük intégrés… ».

Parallèlement, l’Europe s’est solidifiée en Union politique, en institution, protectrice de liberté, porteur d’échanges marchands mais aussi synonyme d’administration normative.
De ces réalités contrastées souvent ambivalentes et parfois contradictoires, résulte une opposition hélas manichéenne qui obstrue le débat politique entre d’un côté des naïfs ou des technocrates qui voient en l’Europe de Bruxelles l’horizon forcément idyllique de notre histoire, et d’un autre côté des démagogues qui présentent l’Europe institutionnelle comme la cause de tous nos maux. Et les uns et les autres se délectent à s’opposer entre eux, les uns traitant les autres de réactionnaires étroits déconnectés du monde d’aujourd’hui, les autres accusant les uns d’être hors sol et de vouloir nier le besoin intrinsèque des peuples d’être liés en une nation souveraine, donc responsable.
Les deux ont partiellement raison, donc partiellement tort. Les deux nous éloignent de la nécessaire réinvention d’une Union européenne politique, qui soit un facteur de puissance et de sécurité pour ses Etats membres dans le monde multipolaire actuel, et qui ainsi contribue à garantir les nations et les peuples dans leur liberté, leur souveraineté et leur identité.

Le chantier, celui de notre avenir, est là. Il passe par le recentrage des missions de l’Union européenne sur de grandes ambitions communes : souveraineté, stabilité et puissance monétaire par l’Euro, nouvelle politique industrielle conquérante, nouvelle politique environnementale et écologique innovante, création d’airbus du numérique, fiscalité cohérente pour s’adapter à la mobilité des gafa et autres géants du net, action de Recherche et Développement et Scientifique commune ambitieuse, exigence de la réciprocité dans les échanges commerciaux internationaux, renforcement des frontières extérieures, défense du patrimoine européen et valorisation de la culture.
Quel nouvel horizon ! Quel oxygène ! Et quelle respiration aussi pour les Nations qui dès lors ne verraient plus des fonctionnaires anonymes et désincarnés vouloir interdire les fromages au lait cru, réglementer le format des concombres, imposer une société aseptisée et uniformisée dans le politiquement correct.

La demande de lois et règlements, de normes, de politiques publiques doit être montante, des peuples vers l’Europe, et non descendantes de l’Europe vers les États. Il faut pour cela veiller à ce que l’Europe revienne au respect de ces principes fondateurs tel celui essentiel de subsidiarité qui veut que la « grande collectivité » ne prenne de décision que si la collectivité de proximité ne le peut pas.
Pour résumer, si l’Europe ne pense pas grand et bien elle agit petit, si elle n’a pas un grand dessein au service des peuples, elle s’occupe petitement de notre vie quotidienne.
Voilà de beaux sujets de débats pour les prochains mois et voilà à quelle exigence nous conduit la fidélité aux libérateurs de 1945 et aux constructeurs de la communauté puis de l’Union européenne.
L’Europe peut être notre fierté et la raison de notre orgueil. Car, avec elle, nous avons la clef qui aurait pu, dans les années 30, éviter l’avènement d’Hitler au pouvoir et la tragédie sans précédent qui s’en suivit pour toute l’humanité. »

À l’issue de son discours, David Lisnard a procédé au traditionnel dépôt de gerbes en mémoire des morts pour la France.

Consultez tous les articles > En action

Google Analytics Alternative