Accueil > A la Une > En action > Pour Cannes > Commémoration : il y a 80 ans l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle lançait la France Libre

Commémoration : il y a 80 ans l’Appel du 18 juin du Général de Gaulle lançait la France Libre

Comme chaque année, David Lisnard, maire de Cannes, a présidé la cérémonie commémorant l’Appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle qui impulsait, par le refus de la défaite et de l’armistice, le mouvement de résistance nationale.

Entre histoire et actualité, David Lisnard a, dans son propos, rapporté l’exigence de cet acte fondateur de la France Libre dans notre époque où se développent des forces centrifuges et une tentative de relecture du récit national.

« Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Quelle époque vivons-nous.

Au sortir d’une crise sanitaire qui a déjà fait près de 30 000 morts dans notre pays et qui nous maintient dans des règles restrictives de sociabilité, à l’aube d’une crise économique et sociale qui plonge la France dans une récession historique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, tandis que nous voyons exploser l’expression de forces centrifuges, dont je dénonce le danger depuis longtemps, à travers les actions violentes de groupuscules d’ultra-gauche à chaque manifestation, à travers aussi l’incivisme qui souille nos espaces publics et traduit la perte du sens commun, à travers toujours les pressions communautaristes et islamistes, à travers enfin de malsains combats racialistes comme à Paris ou des luttes à la fois ethniques et économiques de territoires lucratifs (en matière de trafics de drogue) comme à Dijon et à Nice, eh bien au milieu de toutes ces épreuves au goût de « chienlit », au cœur de toutes ces menaces, nous célébrons aujourd’hui l’homme des plus grandes victoires morales à travers la personnalité du Général de Gaulle.

Oui, à l’heure où nous voyons notre pays s’enfoncer dans une forme de déclin civilisationnel, le calendrier nous invite à tourner nos regards vers celui qui sut relever la France de ses pires échecs, en cette année où nous célébrons tout à la fois le 130ème anniversaire de la naissance du Général de Gaulle, le 50ème anniversaire de sa disparition et, dans l’interstice de sa glorieuse existence, le 80ème anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940.

Il y a 80 ans, en effet, le Général de Gaulle inaugurait, dans un acte à la fois subversif et légitime, factuel et visionnaire, une nouvelle page de l’Histoire de France, de l’Europe et du monde. A travers un texte fondateur parfait (dans sa version officielle comme originale) : didactique et enlevé, il parvient à être rationnel sur le constat des causes de la défaite – à savoir l’obsolescence des stratégies de l’Etat-major, l’absence d’un armement adapté à l’époque notamment à l’artillerie allemande et d’une armée de métier formée – ; visionnaire sur les facteurs de la future victoire en s’appuyant sur la conviction que le conflit ne se cantonnait pas à l’Europe mais qu’il serait mondiale et que la France pourrait s’appuyer sur son Empire ; entraînant par l’espérance, celle de la résistance, fidèle à une certaine idée de la France.

Oui, ce 18 juin 1940, alors que tout semblait perdu pour notre pays, livré à la déroute militaire et au renoncement moral de ses gouvernants ; alors que la veille, la France s’était figée dans la défaite et aliénée au projet d’armistice avec l’Allemagne nazie ; alors qu’au cours des dernières semaines, l’occupant avait déjà jeté six millions de Français sur les routes de l’exode, une voix s’élevait depuis Londres pour saisir l’âme de notre vieux pays et y faire renaître une espérance, y dessiner un horizon, construire un avenir possible.

Evoquer l’Appel du 18 Juin, c’est donc évidemment raviver le souvenir de son illustre auteur, raviver le souvenir du Général et de tous ceux qui, pour s’être laissés saisir par sa voix et convaincre par la promesse, ont payé le prix de notre liberté par la rançon de leur vie ou en tout cas de leur engagement.

En cet instant, vous me permettrez d’avoir une pensée toute particulière, affectueuse et respectueuse, pour notre ami Christian Bridoux, qui ne peut être des nôtres cet après-midi. A l’âge de 17 ans, saisissant le sens de son destin, embrassant le goût de l’aventure et l’amour de la Patrie, il partit rejoindre les Combattants volontaires de la France Libre à Londres en 1941.
Cet élan patriotique, l’élan de cette belle jeunesse refusant la défaite, me fait penser à ces mots d’Hannah Arendt : « Il y a déjà du courage, de la hardiesse, à quitter son abri privé et à faire voir qui l’on est, à se dévoiler, à s’exposer. »

Oui, l’esprit de résistance que le Général de Gaulle imprima dans le cœur et l’âme d’une France clandestine, que l’histoire rendra légitime, est empreint de courage et d’honneur, d’obéissance à une conscience supérieure à la seule idée de soi et à des valeurs universelles inaliénables.

« Ce qui est remarquable chez de Gaulle, pour reprendre les mots de l’historien Julian Jackson dans la biographie De Gaulle, une certaine idée de la France, c’est autant le courage moral qui le fait agir que l’analyse qui sous-tend cette action. »

80 ans après le retentissement des mots qui ont su atteindre, dans nos villes et nos villages, d’abord seulement quelques centaines de compatriotes à l’écoute de la BBC, rejoints au fil des mois par des milliers d’autres pour devenir une véritable armée clandestine, nous marquons, par notre rassemblement de ce jour, notre attachement au message du Général de Gaulle, notre indéfectible reconnaissance aux héroïques résistants de toutes convictions et de toutes conditions qui, ici même à Cannes et partout sur le territoire, ont eu cette audace de braver le pouvoir en place, son autorité portée par la figure historique du Maréchal Pétain, son armistice, qui pouvait apparaître comme un moindre mal mais qui s’avèrera être une infamie avec la politique collaborationniste.

J’éprouve avec humilité la fierté d’appartenir, plusieurs générations après, à cette grande Nation qui a su sortir du chaos, par elle-même et avec le concours déterminant des forces alliées, grâce à l’audace, au courage, à la dignité des résistants. Leur engagement combattant a lavé l’honneur de la France du sang de leur sacrifice.

Notre devoir est d’être fidèles à cet engagement et à cet appel à la résistance face à tout ce qui menace la France. La génération qui est la mienne et les suivantes doivent s’engager devant vous, messieurs les anciens combattants qui avez su répondre aux appels de la France lors des conflits armés du siècle dernier, à entretenir et préserver cet héritage précieux, à le faire valoir en toute circonstance, à le faire grandir et à l’imprimer dans l’action.

Il est inconcevable, il est insupportable, de voir notre histoire régulièrement attaquée par des groupes aux intérêts communautaristes et destructeurs de cohésion nationale. La France et les Français n’ont pas à rougir de leur histoire.

Elle est évidemment faite de part d’ombre et de lumière. C’est en la connaissant dans son ensemble qu’on peut la comprendre et non par épisodes sectionnés dans le récit national et revus dans des postures moralistes à la sentence anachronique.

Voilà pourquoi les propos mettant en cause, avec l’arrogance de l’ignorance, les grandes figures de notre passé commun, la dégradation des symboles de la Nation et des statues érigées à la gloire de nos héros comme celles du Général de Gaulle à Hautmont, aux Pavillons-sous-Bois, ne peuvent laisser indifférents et rester impunis. Un pays qui ne s’aime plus est un pays qu’on ne respecte pas, de l’intérieur comme de l’extérieur.

Dans les événements que nous traverserons, devant leur gravité et ce qu’ils signifient de l’état moral de notre société, il y a une tolérance malsaine ou plutôt une faiblesse coupable qui ne peut que contribuer à déchirer la Nation en partition d’intérêts.

La Nation se dissout quand elle devient un agglomérat de populations et non plus un peuple soudé par des valeurs et des espérances communes qui transcendent les appartenances ethniques, sociales, religieuses, générationnelles.

Quand la Nation s’affaiblit et quand l’Etat ne protège plus, n’exerce plus avec autorité et justice son monopole de la violence légitime, des groupes violents proposent leur protection et régulent des territoires.

Ils prennent le pouvoir sur des secteurs géographiques et économiques. Les mafias naissent toujours de la carence de l’Etat dans ses missions régaliennes. Dans certaines zones du pays, où parfois à certaines heures, nous constatons depuis trop d’années une absence opérationnelle et un délitement moral de l’Etat.

Il y a tant d’exemples constatés de ces renoncements et de l’impuissance des Gouvernements dont la mission républicaine est de protéger ; qui souvent préfèrent acheter une paix sociale immédiate en laissant prospérer les déviances et infractions à la vue de tous.

Cette situation met en péril notre société et très concrètement porte atteinte quotidiennement à de nombreux habitants chaque fois que les grandes annonces nationales pétaradantes d’autoritarisme ne sont suivies d’aucune instruction, voire contredites par des instructions contraires, qui démobilisent les forces de l’ordre et les exposent à une vindicte violente injustifiée.

Prendre les dossiers le plus en amont possible, tenir l’espace public et ne plus renoncer à y appliquer le code pénal, depuis la répression des incivilités infractionnelles jusqu’à la lutte judiciaire contre les trafiquants, intervenir dès que des délinquants montrent qu’ils s’emparent d’un quartier, mener des opérations récurrentes multiservices, additionnant maintien de l’ordre, vérifications fiscales, interpellations en flagrant délit, contrôles de nationalité, d’hygiène, routiers, etc., mener des perquisitions massives par quartiers pour saisir les armes qui y circulent, veiller au suivi judiciaire méticuleux avec des sanctions effectives contre les dealers et leur écosystème, les perturbateurs récurrents de l’ordre public, les réseaux communautaristes : une telle action répressive est devenue indispensable pour restaurer la confiance dans la capacité de la République à rétablir l’ordre, assurer un bon niveau de tranquillité et de sécurité des habitants, juguler la prise de pouvoir de ces clans mafieux, redonner de la cohésion sociale.

Cette cohésion nécessite parallèlement des actions constantes, conséquentes, évaluées, d’instruction publique, de transmission des valeurs communes, d’éducation artistique et culturelle, d’accès au sport et au numérique, de civisme.

Elles sont indispensables pour créer un haut dénominateur commun qui permette de refaire communauté nationale, de générer de la fierté collective, de l’égalité des chances, de l’émancipation individuelle dans le sentiment de la responsabilité, de la prospérité par l’incitation à l’aventure entrepreneuriale, qui passe par la capacité à focaliser positivement les énergies individuelles sur des projets sains.

C’est ce que nous essayons de développer à Cannes, ville la plus contrastée de France dans ses habitants en termes de richesse avec un taux de pauvreté bien plus élevé que la moyenne nationale et parallèlement des ménages très aisés, une pyramide des âges en sablier avec beaucoup de personnes âgées et beaucoup de jeunes de moins de 20 ans, des populations aux origines très diverses par l’accueil depuis 150 ans de vagues d’immigrés très pauvres, de diasporas politiques, de résidents fortunés en villégiature. La situation comme ailleurs y est tendue et parfois se traduit en violences.
Le sens du politique est de rassembler, protéger, projeter le groupe. En cela, l’Appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle, indissociable de la Victoire du 8 mai 1945, est un acte politique majeur qui a engagé plusieurs générations et la survie de notre Nation.

La France a besoin d’une reprise en main effective, par une vision et des actes, pour rétablir l’ordre et la justice, l’espérance et la cohérence, la liberté et la responsabilité. La France doit retrouver le sens de l’autorité, et pour cela notamment les forces de l’ordre doivent être légitimées et respectées et non remises en cause au nom de comportements individuels qu’il convient bien sûr de sanctionner quand ils sont avérés.

Face à nos difficultés contemporaines, l’exemple du Général de Gaulle, dont la référence n’a jamais autant servi de faire valoir aux politiques de tous bords, sans qu’ils n’aient jamais eu à en éprouver l’exigence, est une source d’inspiration et d’action à imiter. Mais on ne peut pas se revendiquer du Gaullisme, quand on appartient à ce que le Général appelait lui-même un « aéropage technocratique » ; on ne peut pas se revendiquer Gaulliste, quand on sert les rangs d’un parti fondé par d’anciens Vichystes.

Oui le modèle du Général de Gaulle est une source d’inspiration pour notre époque, mais pas un alibi de convenance détourné de sa valeur morale. Lui qui, dans « le fil l’épée » affirmait, seul contre tout l’état-major, une nouvelle doctrine stratégique et tactique qui, hélas, allait s’avérer exacte quelques années après. Lui, qui en 1940, prit l’initiative de dire Non et d’engager notre pays dans la voie de son salut jusqu’à conduire le cortège du peuple de Paris libéré sur les Champs Elysées. Lui qui, en 1958, dans une vraie vision de l’avenir, offrit à la France les institutions les plus stables et efficaces de son histoire avec la Constitution de la Vème République. Lui, qui refusa les petits calculs politiciens et se retira parce que le bas compromis lui était inconcevable. Lui qui revint quelques années plus tard, appelé de toute part à sortir une nouvelle fois la France de la crise, celle qui sévissait alors en Afrique du Nord et dans nos comptes publics. Lui qui enfin sut partir dans la dignité et le respect du peuple français.

A chacune de ces époques et face à des difficultés que nul ne se sentait en mesure de combattre et de vaincre, le Général de Gaulle a imprimé sa marque, il a sorti le pays de son immobilisme, il a donné l’impulsion de l’avenir ; parce qu’il portait au plus haut de lui-même cette vertu fondamentale, qui inspira d’ailleurs un livre entier de ses mémoires : l’Espoir.

Ainsi, l’Appel du 18 juin 1940, cet « appel des Nations qui ne veulent pas mourir », fut un acte d’espoir par excellence.

Depuis, il éclaire notre Histoire. Celle d’hier qu’il nous faut transmettre, celle d’aujourd’hui qu’il nous faut comprendre et, c’est notre devoir, celle de demain qu’il nous faut écrire. La lueur que le Général De Gaulle fit briller dans la nuit de l’occupation doit illuminer, aujourd’hui encore, nos regards et réveiller notre lucidité, notre audace, notre courage, face aux crises que nous traversons.

Car face au doute et au désespoir général, l’Homme du Destin a coupé court aux interrogations, aux hésitations, par sa seule raison déterminée, par son autorité naturelle, par son panache.

La France éternelle a reconnu sa propre voix dans celle de Charles de Gaulle retentissant sur les ondes de la BBC. Cette voix fut celle de la lucidité, de la volonté et de la modernité. Lucidité sur le constat de la défaite et les moyens de vaincre, volonté de mener le combat, modernité du moyen de communication, c’est ainsi que le Général renversa le destin et fit l’Histoire.

Tel est le sens du message du 18 juin. En appelant les Français à poursuivre la lutte, le Général de Gaulle exhortait la France à saisir son destin, à ne pas manquer son avenir.
Son œuvre, au sommet de l’Etat, n’a pas démenti cette vérité. Tout, dans ses décisions, était évalué et tranché au regard de l’avenir à écrire. Cet héritage est le nôtre, celui de tous ceux qui, comme lui, se font une certaine idée de la France.

Le Gaullisme est une attitude, faite de dignité et de grandeur, de respect des racines de la patrie et de conviction dans le mouvement.

Ce sont aussi des valeurs et des couleurs, celles de notre drapeau, réunissant fidélité à la France éternelle et choix de la modernité face à la réalité.

Dans l’une de ses conférences, en 1917, alors qu’il était prisonnier de guerre, le jeune capitaine De Gaulle affirmait : « Sans la guerre du Péloponnèse, Démosthène serait demeuré un politicien obscur ; sans l’invasion anglaise, Jeanne d’Arc fût morte paisiblement à Domrémy ; sans la Révolution, Carnot et Napoléon eussent fini leur existence dans des grades inférieures »

Et le biographe Julian Jackson de poursuivre le raisonnement « Sans la débâcle de 1940, de Gaulle serait certainement devenu l’un des généraux les plus gradés de l’armée française, probablement ministre de la Défense, voire chef du gouvernement – mais il ne serait pas devenu ‘’de Gaulle’’ ». Dans les circonstances les plus difficiles et tragiques, se révèlent les caractères d’exception, et le début du salut.

Au moment de nous incliner avec reconnaissance et gratitude devant la mémoire du Général de Gaulle, de tous nos héroïques résistants et soldats de l’ombre, ne manquons pas notre devoir : entretenons la mémoire des anciens combattants en prenant part, dès aujourd’hui, au nouvel et indispensable redressement de la France.

Vive Cannes !
Vive la République !
Vive la France ! »

David Lisnard, maire de Cannes, le 18 juin 2020

Consultez tous les articles > A la Une, En action, Pour Cannes

Google Analytics Alternative