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David Lisnard a présidé les cérémonies de commémoration du 75e anniversaire de la Libération de Cannes

Le 24 août est un jour d’hommage à Cannes puisqu’il célèbre 
l’anniversaire de la Libération en 1944. David Lisnard a présidé les 
cérémonies du souvenir réunissant tour à tour les Cannois devant la 
stèle dédiée à Henri Bergia, Francis Tonner et leurs compagnons morts à 
l’aube du 24 août sous le feu allemand, puis devant le monument aux 
morts de La Bocca avant de se retrouver, l’après-midi, à l’Hôtel de 
Ville pour un vibrant hommage aux résistants cannois ayant payé de leur 
vie le prix de notre liberté.

Discours :

Mesdames et messieurs,

Chers amis, 

« Je sais mal ce qu’est la liberté, mais je sais bien ce qu’est la libération. » nous dit Malraux dans ses Antimémoires.

Voilà notre défi aujourd’hui. Connaître notre liberté et l’entretenir dans le sens du sacrifice et de l’effort de clairvoyance, d’organisation et de courage de nos aïeux combattants.

La libération, c’est l’acte qui libère. Célébrer la libération, c’est donc célébrer la liberté retrouvée et la liberté à préserver.

S’il est une cérémonie qui rassemble et fédère toute la communauté cannoise dans un même souvenir, c’est bien celle que nous célébrons aujourd’hui, celle de la libération de Cannes. 

Et c’est pour moi un honneur et une fierté de présider, en tant que maire de notre commune, ce moment d’hommage et de recueillement à vos côtés.

Il y a 75 ans, Cannes était libérée du joug de l’occupant nazi. Il y a 75 ans, à cette même heure, les alliés accompagnés des FFI entraient dans le centre-ville acclamés par la population délivrée.

La libération fut avant tout dans les cœurs un moment d’émotion exacerbée.

Si les témoins de l’époque sont de moins en moins nombreux, les récits qu’ils nous ont laissés et les photos d’archives témoignent de ces scènes de liesse, des drapeaux tricolores brandis aux fenêtres, des cris, des larmes de soulagement, des applaudissements au passage des libérateurs sur l’avenue Georges Clémenceau et ici même autour de l’Hôtel de Ville, face au Quai Saint-Pierre dévasté par les derniers bombardements.

Evidemment, la libération n’aurait pu aboutir sans la contribution majeure, déterminante, décisive des forces alliées venues de tous les continents et notamment d’Amérique. Ce jour de fête est aussi le leur. 

Je pense en premier lieu aux soldats des États-Unis donc, mais aussi aux Britanniques, aux Canadiens qui ont combattu à nos côtés et sont venus débarquer et souvent mourir sur nos plages de Normandie et de Provence. Et j’ai une pensée émue pour Gilles Stalins, consul honoraire du Canada qui nous a quittés subitement des suites d’un cancer fulgurant.

Nul ne peut oublier le lourd sacrifice de ces peuples engagés pour la liberté. Nous n’oublions pas non plus celui du peuple et de l’armée russes, qui ont permis par le cruel front Est de prendre en tenaille l’Allemagne et de faire chuter Hitler. 

Chacune des nations alliées a su transcender différences, antagonismes et affrontements idéologiques comme géo-politiques pour faire tomber le mal absolu du totalitarisme national-socialiste.

A travers la représentation consulaire présente à nos côtés aujourd’hui, je veux dire à tous ces peuples amis la reconnaissance et la gratitude de Cannes et des Cannois, comme bien sûr de la France toute entière, pour leur contribution sacrificielle à l’effort de guerre et les liens si forts que nous avons tissés au cours de l’histoire.

La libération est aussi l’aboutissement de l’engagement des Résistants dans la lutte quotidienne clandestine. Nous pensons à ces Cannois dont les noms désignent désormais les rues, boulevards et avenues de notre ville pour leur héroïsme.

Comment ne pas citer Hélène Vagliano qui emporta dans la mort, malgré la torture, ses secrets de résistante. Comment ne pas évoquer, parmi d’autres, Léon Noël, Jean-Baptiste Albertini, les martyrs de la Villa Montfleury, Tony Isaïa, les frères Pradignac, Jean Haddad-Simon, Michel Jourdan ou encore Francis Tonner et Henri Bergia tombés avec leurs compagnons quelques heures à peine avant la libération.

Ces hommes, ces femmes, nous donnent une leçon de vie, de ce qu’est une vie libre, c’est à dire une vie exigeante et responsable. Par leur courage et leur sens de l’honneur, ils ont incarné l’âme de la France fidèle à ses valeurs, qui n’était pas à Vichy mais à Londres et dans les maquis.

Ce jour de fête de la libération est un appel à la mémoire de tous ces braves qui se sont levés par devoir et amour de la Patrie. Ils étaient des nôtres, de simples citoyens cannois plein d’avenir. L’histoire est venue bouleverser leur vie, changer le cours de leur existence, éprouver leur valeur. Ils ont tout donné, donné le meilleur d’eux-mêmes, donné leur vie pour que la nôtre ait un sens autre que celui imaginé par le IIIe Reich.

Gloire à eux. Gloire à nos combattants. Gloire à nos Résistants. Gloire à nos alliés. Gloire à nos morts.

La libération marque un basculement de la grande Histoire, et une somme de bouleversements de destins individuels.

La Seconde Guerre mondiale a fini par opposer deux France. Celle de la défaite à celle de la victoire. Celle de Pétain à celle de De Gaulle. Celle de la collaboration à celle de la Résistance.

Et parfois ces deux France étaient dans les mêmes personnes. Dans la réalité du peuple de France, ces deux pays se sont croisés, parfois mêlés, tant certaines situations vécues ne sont pas aussi manichéennes et simples que les sentences de la lucidité du commentaire a posteriori, forcément anachroniques sur ce qui a guidé les sentiments et les décisions individuelles.

Au lendemain de la demande d’Armistice par le chef de Vichy, la voix du Général de Gaulle s’élève depuis Londres, le 18 juin 1940, pour, le premier, dire Non et appeler tous ceux qui le pouvaient alors à poursuivre la lutte.

Des hommes, parfois à peine adultes, surgirent alors de l’ombre pour rejoindre en Grande Bretagne le père de la France Libre. Sur l’ensemble du territoire, des réseaux clandestins s’organisent progressivement. Le préfet Jean Moulin se voit chargé de leur coordination afin que les actions menées soient réellement efficaces.

L’honneur sacré de la France a été porté, durant ces quatre années de guerre, par ces vaillants résistants anonymes, par les Justes qui ont sauvé les juifs persécutés, par les agents des Forces Françaises Intérieures, par les engagés volontaires des Forces Françaises Libres, et vous me permettrez de saluer parmi nous Christian Bridoux, ancien parachutiste SAS – des Forces Françaises Libres.

L’honneur sacré de la France a été défendu par les membres de la 1ère Division Blindée qui débarqua en Provence en août 1944, commandée par le général du Vigier, composée à 73% d’Européens et 27% de soldats dits « Indigènes » venus de l’Empire, de l’Afrique noire et du Maghreb. La 1ère DB remonta progressivement jusqu’aux Vosges avant de gagner l’Alsace puis de pénétrer en Allemagne.

L’honneur sacré de la France a été porté par la vision, la stratégie militaire, le génie politique du Général de Gaulle qui d’une part imposa la France à la table des vainqueurs, d’autre part, empêcha la France de se retrouver sous protectorat au lendemain de la guerre. Le Général de Gaulle sut incarner l’indépendance du pays, en affirmant le principe alors révolutionnaire de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La vision et l’autorité de Charles de Gaulle permirent à la France de retrouver sa dignité, sa place dans le monde, sa souveraineté, gages de sa liberté. 

Dans notre démocratie, la souveraineté du pays, c’est la souveraineté du peuple qui choisit ses dirigeants et représentants grâce à l’expression du suffrage universel. Il en est ainsi au plan national comme au plan local pour faire vivre nos institutions, engager et mener au quotidien l’action publique sur l’ensemble du territoire dans le souci de l’intérêt général.

Ainsi après la Libération furent rétablie parmi les vainqueurs l’indépendance et la souveraineté de la nation française.

Cette souveraineté, fondement de notre liberté collective, nécessite que l’Etat dispose de moyens militaires et diplomatiques qui le rendent crédibles dans sa mission protectrice du pays.

C’est pourquoi notre souveraineté est défendue et même incarnée aujourd’hui par nos soldats engagés en opérations extérieures. Ils portent les couleurs de la France et défendent nos valeurs, notre sécurité et la liberté des peuples opprimés par de nouvelles formes de tyrannies. Je tiens à ce que nous marquions notre soutien total à nos soldats et nous inclinions avec respect devant la mémoire de ceux tombés au champ d’honneur. Exprimons leur notre admiration et notre reconnaissance pour leur engagement.

Il en découle pour nous, ici, et maintenant, dans la fidélité au sacrifice de nos libérateurs du joug nazi il y a plus de soixante-dix ans, un impérieux devoir : celui de rester libres.

La liberté exige une vigilance constante. Chaque génération a sa part à prendre, son effort à donner, sa contribution à apporter. 

Il importe de lutter contre toutes les formes de régression démocratique à commencer par les relâchements qui sont en nous, tels que l’incivisme, qui n’est jamais anodin et traduit toujours uns rupture du lien social de responsabilité, donc de liberté.

La lutte contre l’incivisme vous le savez est le combat que j’ai inscrit comme prioritaire et transversal dès la conception de ma démarche municipale ; j’en ai fait il y a six ans LA cause du mandat. Cette cause est en train de gagner nombre de communes et il faut s’en réjouir. Ce combat contre l’incivisme est souvent ingrat mais toujours essentiel.

Vous me permettrez, au pied de ce monument aux morts, de rendre hommage au maire de Signes, dans le Var, Jean-Mathieu Michel mort parce qu’il a défendu le cadre de vie de sa commune en empêchant des individus de jeter leurs déchets dans la nature. 

Les élus communaux sont souvent les derniers remparts contre l’abandon civilisationnel de ceux qui ne se comportent qu’en irresponsables et consommateurs aussi compulsifs qu’égoïstes de l’espace public.

Le renouveau civique doit concerner tous les champs de la vie en société et les espaces d’un débat démocratique par définition exigeant pour chaque individu qui constitue le peuple souverain.

Face aux enjeux qui se présentent, cette attitude est vitale.

Telle est la portée actuelle de notre cérémonie.

Le souvenir de la libération que nous entretenons ce matin est un appel à la liberté, une invitation à la vigilance, une exhortation à être libres, maintenant et demain.

Car rien n’est acquis, rien n’est figé, rien n’est jamais définitivement gagné. La liberté est un combat permanent. Elle demande lucidité et combattivité. Elle nécessite une grande force morale, bien plus exigeante que tous les abandons à la tentation aliénante du renoncement, de la paresse, de la soumission.

Or, en ces premières décennies du XXIè siècle, notre liberté est testée, éprouvée, menacée, non seulement de l’extérieur par des idéologies totalitaires comme au siècle précédent, et par des monopoles technologiques et économiques numériques donc à l’époque actuelle stratégiques, américains et chinois, mais aussi et d’ailleurs avant tout de l’intérieur par une démission du pays face aux enjeux vitaux du moment et une soumission individuelle à des forces menaçantes, qui ne le sont que de nos propres faiblesses.

Ce qui est donc aujourd’hui en jeu, et sera toujours en jeu, c’est la préservation à la fois de nos libertés individuelles et de notre démocratie, c’est à dire de notre liberté collective, celle du groupe, de la Nation, de décider de son destin, vis à vis de l’extérieur et dans le respect du choix du suffrage.

Le souvenir et le sens de la libération doivent nous donner l’énergie vitale de regarder les grands enjeux et défis de notre époque, pour que la France les affronte en responsabilité, avec ses alliés et au sein de l’Union Européenne, Union Européenne qui doit être pensée et réorganisée comme un facteur de puissance et non simplement un marché ouvert au monde. 

Ces défis, quels sont-ils ? 

Il s’agit avant tout de la maîtrise de la troisième révolution industrielle, la sauvegarde écologique de la planète, et en ce qui concerne plus strictement notre pays celui de l’assainissement des comptes publics sans lequel il n’y a point de véritable souveraineté.

Notre Nation peut-elle être réellement souveraine, c’est à dire libre de ses choix, si elle reste sous la dépendance financière d’établissements et de pays de crédits en raison du poids de sa dette publique elle-même résultant de la somme des déficits budgétaires de l’Etat depuis presque quarante ans ? 

Cette situation s’est aggravée ces dernières années du seul fait des comptes de l’Etat (ceux de la Sécurité sociale se sont améliorés et ceux des Collectivités sont structurellement excédentaires en fonctionnement).

En effet, et c’est factuel à travers une réalité comptable, le déficit de l’Etat, qui diminuait depuis la fin de la crise dite des Subprime, est reparti à la hausse depuis deux ans : – 67,6 milliards d’euros en 2017, – 76 milliards en 2018, et nous repasserons les 100 milliards d’euros de déficit budgétaire des administrations centrales en 2019, en raison d’une dépense de fonctionnement desdites administrations qui représente les plus élevées du monde au regard de la richesse produite sur le territoire national. Quant à la dette publique de la France, elle atteint les 2300 milliards d’euros. Concilier les records de niveau dépense publique générateurs de déficits, et parallèlement de poids des prélèvements obligatoires (à 45% du PIB), constitue une triste singularité française et simplement une grave contreperformance. 

Voilà au passage d’une part qui contredit les annonces officielles sur le rétablissement des comptes publics, d’autre part qui confirme que l’homme malade de la sphère publique française est bien l’Etat. Ne nous laissons pas endormir par les taux d’intérêt négatifs auxquels le pays emprunte actuellement ; ils ne font qu’amplifier la dépendance et l’accoutumance publiques à cette facilité explosive à terme de l’emprunt facile.

Parallèlement, sur la même période, je me permets de rappeler que, grâce à un effort méthodique et draconien qui nous voit réduire les dépenses communales systématiquement depuis cinq exercices au profit d’un haut niveau de capacité d’autofinancement, la Ville de Cannes a baissé sa dette de 54 millions d’euros, investi pour moderniser les équipements comme les espaces publics et préparer l’avenir, et pratiquer une stricte sobriété fiscale. Cette politique de rigueur bénéfique nous a valu un satisfecit de la Cour des Comptes qui a analysé les comptes de notre commune sur plusieurs exercices.

Pour être collectivement libre, il faut pouvoir maîtriser son destin financier et budgétaire, et il est donc plus qu’urgent sur le plan national d’engager une profonde modernisation de l’Etat, comme avait su le faire en 1958 le Général de Gaulle avec entre autres le plan Rueff, rétablissant ainsi la souveraineté économique et financière du pays, et en cela la force de la République.

Parmi les enjeux cruciaux de notre époque et qui renvoient à notre responsabilité, l’environnement, notamment la lutte contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité, constitue évidemment une urgente nécessité. Deux chemins sont face à nous, celui du malthusianisme ou celui du progrès.

Sous couvert de bonnes intentions, dont on sait qu’elles pavent le chemin qui mène à l’enfer, des voix de plus en plus omniprésentes dans le champ médiatique nous incitent à renoncer à nos libertés pour sauver la planète – liberté de créer, liberté de prospérer, liberté d’innover jusqu’à la liberté de se faire greffer un organe quand on a plus de soixante ans comme le préconise très sérieusement un intellectuel écologiste ! -.

Cette vision me semble extrêmement dangereuse car porteuse d’une sorte de totalitarisme vert, empreint de « moraline » culpabilisante, en réalité réactionnaire car prônant un autoritaire et illusoire retour en arrière, donc liberticide, et parallèlement inefficace pour sauver la planète de nos excès et insupportables massacres environnementaux.

Je crois au contraire aux vertus premièrement d’une forme de sobriété individuelle consumériste choisie, en fait synonyme de bon sens, deuxièmement à la nécessité de normes environnementales et de réglementations claires, fermes et appliquées à l’échelle des interactions internationales contre tout ce qui pollue, troisièmement au progrès technologique comme source de développement durable.

Retrouvons le sens de la rationalité, appliquons le volontarisme environnemental de progrès et soutenons la recherche, écoutons nos scientifiques, déployons des filières industrielles écologiques, et sortons donc de l’obscurantisme régressif fondé sur la conjonction de la bonne conscience sentencieuse et des ressorts de la peur millénariste. Car ils conduisent au leurre dangereux de la décroissance, à l’instar de ce que promeuvent les intégristes qui ont organisé la tournée messianique de la jeune Greta Thunberg. 

C’est par la volonté et la raison que nous sauverons la planète, pas par le fatalisme ou l’intégrisme.

L’intégrisme précisément, quelles que soient sa couleur et ses intentions, est toujours porteur de menaces pour les libertés. C’est bien sûr le cas de l’intégrisme islamiste, traduit en un projet politique conquérant porteur du totalitarisme de l’époque, après les totalitarismes du XXème siècle que furent le stalinisme et le nazisme. 

La préservation de nos libertés, arrachée il y a 75 ans aux nazis et plus récemment en Europe de l’Est aux communistes, exige un combat sans faiblesse contre l’islamisme radical politique, non seulement militairement et judiciairement contre le terrorisme, mais culturellement et moralement contre l’idéologie du fascisme islamiste qui voudrait stigmatiser le corps et le visage des femmes dans les espaces publics et dans les hôpitaux, imposer des menus confessionnels dans les cantines scolaires, faire admettre des accoutrements discriminants pour les femmes dans les piscines publiques.

Reculer d’un millimètre sur ces questions serait une régression lourde de sens et de soumission à des ennemis qui prétendent, avec cynisme, utiliser les valeurs de tolérance de nos sociétés héritières des lumières pour les obscurcir de leur fondamentalisme aliénant. 

Sans rouler des mécaniques et en rappelant que chacun a droit de cité en vertu de la belle universalité d’accès aux services publics, qui fait la grandeur de la République, je suis fier qu’avec clarté et sobriété nous n’ayons jamais cédé à Cannes sur le respect des règlements et du principe de laïcité dans nos écoles, nos crèches, nos piscines. 

Notre société doit être ouverte et ferme, et non comme elle le fut trop longtemps fermée et molle.

Mais le plus grand défi pour notre avenir, l’avenir de nos libertés et de notre prospérité en France et en Europe, réside dans la troisième révolution industrielle qui bouleverse le monde depuis la fin des années 90.

Nous restons en France et en Europe spectateurs du mouvement du monde, en agissant seulement en consommateurs de services numériques et si peu en investisseurs, en bâtisseurs sauf pour, à juste titre, stimuler de brillantes start-up qui, quand elles éclosent en licornes, deviennent hélas propriété de sociétés d’autres continents.

Il ne s’agit pas bien sûr de prôner un retour en arrière, à la fois chimérique dans sa capacité à survenir et stupide dans son incapacité à voir tout ce qu’apportent et peuvent apporter pour la santé, la création de richesse, l’expression et les échanges, le numérique, l’intelligence artificielle, la robotique, les nano et bio technologies.

Il s’agit « simplement » de ne pas subir ce mouvement inarrêtable, il s’agit « simplement » d’entrer enfin en décideurs dans la troisième révolution industrielle que vit la planète depuis le début du siècle, de trouver les ressources de sa meilleure maîtrise possible par un effort de compréhension, une puissance de production, une volonté de régulation à la bonne échelle forcément partenariale à l’international, enfin par une exigence de formation et une éthique d’utilisation.

Il s’agit – « simplement » – de faire appliquer au numérique les principes démocratiques, de juste accès aux avancées et de répartition équitable des retombées, et surtout d’apporter les garanties nécessaires aux libertés individuelles et publiques dans ce nouveau mode d’organisation des rapports humains et de production économique, sociale et de la connaissance.

Or, force est de constater qu’en ne raisonnant en France et en Europe seulement en utilisateurs et non en producteurs de fournisseurs numériques, nous nous mettons en danger, individuellement et à titre collectif.

Il est illusoire de vouloir préserver les libertés sans la puissance économique et géopolitique, et cette puissance est aujourd’hui nécessairement numérique.

Il est illusoire de vouloir protéger la confidentialité des données personnelles sans capacité industrielle d’une part d’échapper au duopole Gafa-Batx, d’autre part de disperser ces données entre plusieurs opérateurs non liés.

Il est illusoire de vouloir échapper au contrôle extérieur et concentré de la Data sans être en mesure de maîtriser et réguler par la technologie et des règles au moins continentales les flux dans le cloud.

Le scandale n’est pas qu’il existe des Gafa aux Etats-Unis, le scandale est qu’il n’existe pas de Gafa européens ; que nous soyons spectateurs de l’affrontement Gafa américains versus Batx chinois. Sur les plus fortes capitalisations entrepreneuriales du numérique, onze sont américaines (dont Apple, Amazon, Google, Facebook) neuf sont chinoises (dont Alibaba et Tencent) !

Pas de liberté sans souveraineté et pas de souveraineté sans puissance. Notre liberté dans le monde numérique exige donc notre souveraineté en la matière et par conséquent l’établissement d’une puissance française et forcément européenne numérique – technologique, entrepreneuriale, capitalistique, militaire, juridique, régulatrice -. 

L’investissement européen dans une véritable filière industrielle, de la RD aux applications, devrait être une belle ambition politique, mobilisant plusieurs dizaines de milliards d’euros publics et privés sur notre continent afin de parvenir à la concentration nécessaire de talents, de technologie, de capitaux pour disposer d’un véritable airbus du numérique, gage de nos libertés individuelles et de notre sécurité collective dans le monde qui vient. 

Cette paralysie industrielle de la France et de l’Europe se fait dans un contexte de soumission en occident du politique, donc du pouvoir démocratique, y compris médiatique, au paradigme de l’instantanéité émotionnelle numérique.

La révolution numérique change profondément la création de valeur, l’organisation sociale, notre vie quotidienne. Amorcée depuis plus de vingt ans, elle ne mobilise pas hélas dans l’hexagone de politiques publiques à la hauteur de l’enjeu. 

La seule réponse  lois régulatrices circonstancielles et inopérantes, tels les textes sur la mise en place du RGPD ou les lois de bonne conscience, sur les fake news et la lutte contre la haine sur internet, dont le caractère inapplicable les empêche de rendre exécutoire le caractère liberticide qu’elles peuvent contenir – face à des processus et entreprises planétaires et dont les services sont accessibles au-delà des illusoires barrières nationales.

Loi Avia 

Notre liberté collective se réduit par le déclin évident de notre démocratie (comme d’autres démocraties dans le monde) au vu de la faiblesse des choix qui résultent de notre anémie civique, de la spirale infernale de la violence manichéenne des propos et expressions médiatisées sur les réseaux sociaux et les chaînes dites d’info continues. 

Les algorithmes qui structurent les réseaux sociaux et les moteurs de recherche créent des « bulles de filtrage », en fait des segmentations qui font que Google et Facebook ne nous proposent que ce que nous aimons déjà, enfermant l’utilisateur dans ses convictions, ses habitudes, ses inclinations, ses pratiques de consommation. 

Dans l’économie de l’attention que décrit Bruno Patino dans « La civilisation du poisson rouge », les alertes ou autres push up etc nous sont adressés en moyenne toutes les 2 minutes 30. Ajoutés à « la surmotivation des menteurs » et des intégristes, ainsi qu’à la rapidité de l’incubation des nouvelles, souvent fausses, l’explosion de la viralité numérique crée ainsi une sphère informationnelle et politique à la fois violente et creuse, alimentée par la faiblesse des concepts politiques, de la pensée émise, des idées et des raisonnements.

Ils sont nombreux les exemples de lynchages réputationnels de personnalités, des arts, du spectacle, du monde des entreprises, de la politique,  sur une simple mise en cause, des images ou des dires non vérifiés, sans aucun exercice de la raison critique, sans recul, sans ce débat contradictoire clair mais pacifique consubstantiel à la véritable démocratie. 

La conjonction d’un numérique, de l’algorithmique et des réseaux sociaux comme constructeurs de l’essentiel de l’espace public d’expression politique et des données médiatiques, pose de nombreux problèmes et donc autant de défis démocratiques, qui au risque de ne pas être relevés et résolus conduisent à une soumission individuelle au règne de la paresse civique et du mensonge, ou plus sournois de la « post-vérité », et donc à une régression non seulement démocratique mais aussi civilisationnelle. 

Marc Dugain, dans son dernier romain intitulé Transparence, qui imagine comment en 2060 une entreprise parvient, par une promesse transhumaniste de vie éternelle réservée à des individus désignés par un système algorithmique pour leur aptitude à respecter l’environnement et à faire preuve de bienveillance, exprime parfaitement bien les conséquences de cette soumission totale à une connaissance universelle du net sans signification et effort de mise en perspective critique. Je cite un extrait de Transparence : « Nous touchions à la connaissance absolue. L’individu avec son terminal unique ne savait plus rien par lui-même, que des bribes d’information happées ici ou là. Il ne savait plus se situer dans l’histoire et dans l’espace où de nuit comme de jour, sans GPS, il ne pouvait se diriger. Nul ne lui avait appris à se situer par rapport au soleil ou aux étoiles. A l’école, on lui enseignait à synthétiser par lui-même le minimum de connaissances pour éviter de l’ennuyer – l’ennui, cet adversaire redoutable qu’il combattait en se livrant corps et âme à son terminal qu’il le distrayait indéfiniment par des informations en temps réel, des vidéos, des commentaires, du réel fictionnalisé, de la fiction réaliste. Au final, sa possibilité de tout savoir l’éloignait de toute construction intellectuelle et culturelle minutieuse, lui évitant le fardeau d’avoir à penser le monde dans lequel il vivait au prétexte d’avoir peu de moyens pour le faire. Mais par malheur, ce manque de connaissance structurée faisait de l’individu un expert en toute chose et en rien, le persuadant de la validité de ses opinions, conforté par cet accès universel au savoir qui s’accompagnait d’une inaptitude fonctionnelle à construire une pensée objective, la vérité n’existant désormais plus par elle-même. »

Voilà dans ces mots du romancier qui résume bien les dérives potentielles et parfois avérées de la plus grande révolution technologique jamais vécue par l’Humanité. Voilà ce que nous risquons de vivre et encore plus nos enfants et petits-enfants.

Il est urgent d’instaurer un « nouvel humanisme numérique » comme nous y exporte Bruno Patino.  Sans entrer ici dans le détail, il y révèle le processus aliénant de ce qu’il nomme l’économie de l’attention, fondée sur des techniques inspirées de neurosciences qui créent une spirale infernale de la sollicitation permanente et émotionnelle de notre attention via les écrans notamment des smartphones pour générer de la réaction et donc de la DATA qui fonde la valeur des entreprises du net. 

Le danger en est la captation de notre temps, la perte des capacités de concentration sur des sujets qui exigent de l’apprentissage et de la constance, une théatralisation permanente de l’actualité sans hiérarchiser les informations, une servitude individuelle et collective par la marchandisation de nos données personnelles et à une hystérisation des messages, avec sur les réseaux sociaux et dans les médias le règne de l’opinion au détriment du factuel, de l’émotion au détriment du rationnel, de la radicalité des propos proportionnelle à la vacuité de la pensée.

Nous devons être exigeants vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis de nos sources d’information. La multiplication de ces sources, renforcée par le développement des réseaux sociaux, rend plus que jamais nécessaire l’exercice de la raison critique, de l’analyse, du recul par rapport aux annonces qui inondent nos médias.

Nous devons absolument protéger nos enfants des excès de cette économie de l’attention et leur permettre d’en tirer profit, de la maîtriser et surtout d’être libres. 

C’est pourquoi à notre échelle locale j’ai décidé d’instaurer dès la prochaine année scolaire qui commence dans quelques jours, sur le temps périscolaire du ressort de la mairie, un module de prévention aux risques des écrans et aux dangers du net notamment par les réseaux sociaux et les jeux vidéo. Une telle initiative municipale est une première en France, de même que notre politique de formation à l’esprit critique par les modules d’apprentissage de la discussion philosophique intitulés « Phil à l’école » et ceux, dès la maternelle, d’initiation au grec et au latin. 

C’est aussi dans cette volonté d’émancipation, de lutte contre le déterminisme social et la fracture numérique nous avons investi comme aucune nulle autre ville sur l’apprentissage des arts et de la culture pour tous les enfants jusqu’à être la seule ville de France labellisée 100 % EAC. Parce que la culture, la création artistique, l’instruction mise en perspective, et surtout l’exercice de la raison critique libèrent.

L’accès au savoir, essentiel, est rendu possible de façon immédiate par le web. C’est donc l’esprit critique, la capacité de construire des raisonnements, en admettant l’argument contraire, en intégrant et non en subissant les potentialités de l’intelligence artificielle et de l’algorithmie, qu’il faut développer chez nos enfants.

Dans cette démarche réside la condition de leur liberté, de même que notre capacité à construire un destin collectif performant, apaisé et cohérent.

Le IIIe millénaire s’ouvre sur cet avènement numérique qui fait tomber les frontières traditionnelles et transforme la planète en village, la robotique qui soulage l’homme dans les tâches difficiles et permet de vraies avancées dans le domaine médical, l’intelligence artificielle qui met la résistance de nos démocraties au défi des nouvelles puissances innovantes comme la Chine.

Chacun de ces progrès exige une conscience politique et civique active, et une éthique solide dans la marche engagée vers le transhumanisme pour sauvegarder notre rapport à l’amour, à la famille, à la reproduction, à la religion, à la culture, à l’Etat et à la démocratie, à l’économie et à tout ce qui peut être transformé par ce tsunami technologique, comme le souligne inlassablement le chirurgien essayiste Laurent Alexandre.

Devant tous les défis qui se dressent, nous ne pouvons rester en sommeil, dans l’attentisme, dans une forme de protectionnisme dépassé. Il est temps au contraire d’aller aux avant-postes, à l’avant-garde afin de ne pas subir ces évolutions inévitables, d’en devenir maîtres pour en retirer le meilleur et éviter les dérives.

Vivons cette inouïe révolution numérique en la maîtrisant pour y exprimer la volonté commune de faire communauté, de réveiller en nous l’élan civique, le sentiment d’appartenance à un même peuple, la volonté de faire passer le bien commun avant nos intérêts particuliers, comme nos résistants en furent inspirés.

Comme l’écrivait Charles Péguy dans L’argent : « La liberté est un système de courages ».

La France Libre a montré le sien, de courage, en des heures dramatiques. Les résistants ont prouvé le leur, de courage, au milieu des risques les plus dangereux. Les alliés ont apporté le leur, de courage, dans notre ciel et sur nos plages pour modifier le sens de l’histoire. Soyons-en digne face aux enjeux de notre époque.

Au moment de terminer cette cérémonie du souvenir de la libération de Cannes, souvenons-nous en permanence du sacrifice de ces hommes qui ont refusé le confort du régime de Vichy, guidés par une certaine idée de la France et l’idéal de son universalité émancipatrice, dont nous parlent si bien à travers leur œuvre littéraire et leur correspondance, parmi d’autres qui avaient fait le choix de la France Libre sous l’autorité du Général de Gaulle, des Antoine de Saint Exupéry et Romain Gary.

Quand nous rendons un hommage reconnaissant et ému à nos libérateurs, les résistants de l’intérieur, les soldats de l’extérieur venus d’outre atlantique, d’outre-manche, d’outre-mer, les combattants du flan Est de l’Allemagne aussi, nous devons être fidèles à cette promesse de l’aube qu’ils nous ont permis d’espérer. 

L’aube d’un monde en paix, l’aube d’une société de liberté, l’aube d’un monde où l’homme soit homme, digne, responsable, donc libre.

Vive la liberté !

Vive Cannes !

Vive la République !

Vive la France !





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