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Fête nationale : David Lisnard entre fidélité à l’histoire et devoir envers l’avenir

David Lisnard présidait mardi, comme chaque année, les cérémonies commémoratives organisées dans le cadre de la fête nationale du 14 juillet, devant les monuments aux morts de La Bocca puis de l’Hôtel de Ville.

Prononçant un discours engagé sur le respect de l’histoire, la nécessité individuelle d’incarner sa citoyenneté et les enjeux pour l’avenir de la France aux plans national et international, David Lisnard a également rappelé comment Cannes, dans le cadre de sa lutte contre l’incivisme, le développement de l’apprentissage culturel dès le plus jeune âge, l’amélioration du cadre de vie quotidien des habitants, veut renforcer le sentiment d’appartenance de chacun à la Nation française.

Discours de David Lisnard, 14 juillet 2020

« Mesdames et messieurs,
Chers amis,

En ce 14 juillet, la France fête sa nation et la Nation fête la France. Fêter est peut-être un peu fort cette année au vu du contexte dans lequel se déroule ce 14 juillet. Souffrance économique, détresse sociale, crainte d’une résurgence de l’épidémie, la crise dite du Coronavirus Covid-19 nous invite à la sobriété, la prudence, j’allais dire la décence. Cette réalité m’a conduit à ne pas programmer les feux d’artifices et à privilégier des animations mobiles et moins génératrices de rassemblement. Je vous donne d’ailleurs rendez-vous ce soir à 22 h 00 sur le parvis du Palais des Festivals et des Congrès, bien sûr à bonne distance ou avec le masque, pour le lancement du mapping « Cannes en Lumière ».

La fête est donc cette année surtout symbolique ; et c’est peut-être la bonne occasion de nous interroger sur ce qu’elle signifie. Elle doit même revêtir une dimension spirituelle, car fêter la Nation Française, c’est, pour reprendre les célèbres mots d’Ernest RENAN dans « Qu’est-ce qu’une Nation », avoir à l’esprit qu’« Une Nation est une âme, un principe spirituel (…), c’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements ; revoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore ». Tout est si bien dit.

Et le Larousse, dans sa version libre d’accès en numérique, de définir ainsi aujourd’hui la Nation comme l’« ensemble des êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d’origine, d’histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique. »

La question qui en résulte est brutale, comme est brutal le spectacle de l’actualité de ces dernières semaines, et en réalité de ces dernières années voire décennies, avec des phénomènes de violences urbaines, de replis communautaristes, d’égoïsmes sociaux, d’incivisme étalé, de menace islamiste, de gangrènes mafieuses de trafiquants polluant nos quartiers, de paresse démocratique de citoyens qui le sont de moins en moins et se comportent plutôt en consommateurs blasés de services publics, considérant que les pouvoirs publics ne sont là que pour satisfaire, tout de suite et tout le temps, les compulsions individualistes : constituons-nous encore en France une communauté politique, c’est-à-dire porteuse de droits et de devoirs, d’un héritage et d’un destin collectif, d’une espérance commune ? En cette fête nationale, qu’avons-nous à célébrer de commun ?

La réponse ici ne peut être que militante, combattante, ardente. Parce que la Nation n’est pas une abstraction : elle est le moyen et même le ferment de la protection collective, de la liberté individuelle et d’une vie potentiellement bonne dans un groupe humain qui a besoin de s’organiser, de se protéger, de se projeter, c’est-à-dire de consentir à des règles communes correspondant à des valeurs communes.

Célébrer ce 14 juillet 2020, c’est donc avant tout s’attacher à retrouver la force d’une conscience nationale réaliste et constructive, pour que vive la France, la France entendue comme protectrice du peuple qui la compose, de ses libertés, de sa prospérité, de sa sécurité.

« Vaste programme » aurait dit le Général de Gaulle ! Car notre Nation, notre belle et veille Nation, est bien mal en point. Menacée, tiraillée, mise en cause en son sein même, elle affronte, comme beaucoup de démocraties, une crise morale, vit souvent en contradiction entre liberté et égalité, contradiction que ne parvient pas à transcender la fraternité qui complète le triptyque de la devise républicaine, la société française subit avant tout une « atonie civique » comme disait Raymond Aron.

Régénérer notre nation française, qui trouve son expression la plus aboutie dans la République, exige par conséquent de redonner du sens à ce qui la caractérise et de retrouver du lien pour en faire une réalité vivante, populaire, qui transcende les simples intérêts particuliers et communautaires.

Reprenons la définition du Larousse et commençons par le territoire. La France est une géographie. Faite de paysages, de vallées, de montagnes, de campagnes, de bords de mer. Cette géographie-là doit être aimée, respectée, protégée et valorisée. Et c’est pourquoi, sur notre morceau local de territoire national, nous avons adopté le Plan Local d’Urbanisme le plus protecteur du patrimoine, aussi bien naturel que bâti, de l’histoire de notre ville, avec par exemple la sanctuarisation des îles de Lérins qui, quelles que soient les évolutions des très rares occupants, sont désormais strictement protégées et ne peuvent faire l’objet d’aucune urbanisation. C’est pourquoi aussi je combats les excès de constructions de nouveaux centres commerciaux en périphérie, ces mastodontes d’un autre âge qui imperméabilisent et artificialisent les sols, constituent des aspirateurs à voiture, détruisent de nombreux espaces qui revêtent encore un intérêt naturel et détruisent les commerces de proximité dans les villes et les villages. Regardons comme trop de paysages français se sont banalisés autour des villes, avec des successions de zones commerciales souvent hideuses, consommatrices d’espace et uniformes quel que soit le secteur du pays. Faire Nation, c’est avoir conscience du lien géographique qui nous unit avec pourtant d’immenses contrastes, des luxuriants territoires d’Outre-Mer à la Métropole, de la Corse à la Baie de Somme, de la Côte-d’Azur à la Côte d’Opale, des rives du Rhin à celles de la Loire, du Massif Central à la Pointe du Raz, des vignes du Bordelais à celles de la Bourgogne et de l’Alsace, et tant d’autres splendeurs qui font la beauté et l’éternité de la France.

Notre géographie, notre langue, nos accents, nos territoires, voilà ce qui contribue à l’âme de la Patrie. Ce que nous avons à cœur de défendre, de préserver et pourquoi pas d’élever encore plus haut que ce qu’ont fait nos prédécesseurs. Aimer la France, c’est connaître et défendre sa géographie. Fêter la France, c’est fêter ses territoires, qui ont besoin de liberté d’action, et pour cela d’échapper à la tutelle bureaucratique du Léviathan de l’État, pour exercer leur responsabilité de protection de leur identité.

La Nation française c’est bien sûr aussi l’histoire. Donc une mémoire collective qui transcende, dans l’esprit de ce qui fait la grandeur de la République, les origines, le sang, la condition sociale. C’est pourquoi toutes les tentatives actuelles scandaleuses, de mouvements d’extrême gauche ou a fortiori dits indigénistes, guidés par leur idéologie haineuse à l’égard du pays qui est le leur, de dénigrer toutes les anciennes figures qui ont fait la France, en leur appliquant une grille de lecture moralisatrice, inculte et surtout anachronique, s’inscrivent dans ces forces que j’appelle centrifuges et affaiblissent la République française. Ainsi, voyons-nous souiller la statue de Colbert, de Voltaire, du Général de Gaulle, comme outre-manche celle de Winston Churchill ou encore comme outre-Atlantique celle de Christophe Colomb. Soyons intransigeants à l’égard de ce qui relève de la dégradation du bien public, et au-delà de la destruction de notre ciment collectif.

De Clovis à nos jours, sur une histoire bimillénaire, après trois monarchies (féodale, absolue, constitutionnelle), après deux empires et cinq républiques, nous sommes là en 2020, quelles que soient notre couleur de peaux et notre histoire individuelle, tous les héritiers de cette lignée française ininterrompue, certes marquée par des heures sombres comme l’est toute histoire d’une Nation et d’ailleurs comme toute l’histoire de l’humanité, mais aussi grandie par ce qu’elle a fait germer de droits, d’espérances et de libertés dans le monde.

Pour tous ceux qui sont devenus français et ne se sentent pas dépositaires de cette histoire, il faut d’une part lutter contre toute discrimination et tout racisme, abjecte injustice, mais aussi d’autre part leur dire qu’ils peuvent et doivent être fiers d’appartenir à une communauté nationale irriguée des valeurs, substrat de la logique aristotélicienne, du droit romain, de la culture judéo chrétienne et de l’esprit des Lumières, qui ont conduit à l’abolition de l’esclavage. L’esclavage était une réalité planétaire et qui fût combattue par les États avant tout occidentaux. Cet esclavage qui reste hélas présent dans certaines parties de l’Asie et de l’Afrique.

Disons leur et encore plus à ceux qui dans les médias et les universités légitiment les discriminations que, aujourd’hui, les esclavagistes sont au Sud, les indigénistes sont au Nord. Ces indigénistes, dont le racialisme remet la couleur de peau au cœur du débat politique, réhabilitent ainsi la notion de race porteuse de racisme et antinomique avec ce qu’est devenue notre République.

Et se pose alors la question fondamentale de la République française aujourd’hui.

La Nation est un peuple, qui partage des droits et des devoirs, une liberté et une responsabilité, des règles et des espoirs communs. Pour ne pas être une simple agrégation de populations antagonistes, recroquevillées sur des éléments partiels identitaires, il est vital de développer une conscience commune. Cette conscience commune passe par l’égalité face à la sanction. C’est un point à mon sens fondamental. C’est pourquoi les défaillances sécuritaires sont extrêmement graves, avant tout pour ceux qui en sont victimes bien sûr, mais aussi parce qu’elles amplifient la fragmentation de la société, avec des groupes qui se pensent impunissables, et parfois hélas le sont, soit parce qu’ils sont très puissants par leur richesse et leur mobilité internationale, soit parce qu’ils ont submergé un système judiciaire et policier à bout de souffle.

Réprimer chaque infraction, en commençant par les incivilités infractionnelles, quel que soit leur auteur, est une des conditions du contrat social. Dans cet esprit, vous le savez, la Police municipale à Cannes a la directive de lutter activement contre l’incivisme, ce que ne fait plus malheureusement l’État depuis longtemps, en s’attaquant au portefeuille par des PV dressés contre, lorsque les actes sont constatés en flagrants délits, les jets de déchets dans la rue, les pollutions, les nuisances sonores et Dieu sait qu’il y en a, les déjections canines non ramassées, les dégradations du mobilier urbain, bref tout ce que nous avons appelé avec Jean-Michel Arnaud, dans notre ouvrage intitulé Refaire Communauté, pour en finir avec l’incivisme, les « in-communautés ». Depuis le lancement de cette politique municipale à Cannes, à l’été 2014, nous avons dressé plus de 97 000 PV. Dont le produit malheureusement ne revient pas à la Mairie mais va à l’État… mais ceci est un autre débat.

La conscience du commun, c’est bien sûr partager des espérances communes. Et s’il faut veiller scrupuleusement à l’égalité face à la sanction, il faut parallèlement agir vigoureusement pour l’égalité des chances et l’émancipation sociale. Et cela passe notamment par la capacité de constitution d’un capital culturel individuel pour chacun, et pour tous les Français d’un patrimoine intellectuel commun. C’est pourquoi à Cannes – nous sommes la seule ville de France – nous proposons sur le temps périscolaire des enseignements du grec et du latin depuis la maternelle, ainsi que des modules de philosophie et d’apprentissage de la raison critique. C’est pourquoi également nous sommes la première ville de France labélisée 100% Éducation Artistique et Culturelle avec, sur le temps scolaire et en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale et celui de la Culture, un apprentissage pour tous les élèves, de la maternelle à l’enseignement supérieur, dans le privé comme dans le public, de tous les quartiers, de tous les établissements, d’une formation à la pratique artistique, mais aussi à la connaissance verticale des arts pour partager les grandes œuvres de l’esprit qui font la grandeur d’une nation et d’une civilisation.

Renforcer l’appartenance commune à une même terre et à une même histoire, et dépasser les origines pour voir ce qu’il y a dans chacun d’universel, voilà ce qui singularise la République.

Et notre République française est bien malade. Malade d’abord de la faiblesse de son État, pourtant consubstantiel en France à l’émancipation nationale.

Oui, notre État, qui pourtant a le record du monde de prélèvements obligatoires (impôts et charges) pêche par faiblesse sur ses fonctions régaliennes, ses missions essentielles : la sécurité, la diplomatie et la défense, la justice, l’instruction publique, le système de santé.

Violences urbaines entre Tchéchènes et Français d’origine magrébine pendant plusieurs nuits et plusieurs jours à Dijon, prolifération de délinquants et dealers dans nos rues notamment la nuit, sur tout le territoire y compris ici, rassemblements médiatisés en plein état d’urgence sanitaire autour de la famille Traoré hissée en égérie de la lutte contre le racisme, en voulant nous faire ingurgiter un parallèle sordide entre les conditions du meurtre de Georges Floyd aux États-Unis et l’action de la police en France, en parlant de « racisme systémique » dans notre pays, la France, qui réprime sévèrement tout fait avéré de racisme, insécurité dans certains réseaux de transports en commun et déchainement de violences en bande, mais aussi défilé contre les violences policières pendant que Mélanie Lemé, jeune gendarme dévouée et méritante, est tuée par un chauffard roulant sans permis et récidiviste, alors aussi qu’un chauffeur de bus, Philippe Monguillot, est tabassé et roué de coups jusqu’à en mourir par quatre individus qui n’acceptaient pas qu’on leur demande leur ticket de transport et de mettre le masque dans un lieu obligatoire. Et tant d’autres phénomènes qui illustrent un recul de l’autorité de l’État, laissant la place à des groupes qui se substituent à lui pour imposer leurs règles. Il ne s’agit donc pas seulement d’exprimer notre émotion, notre soutien à l’égard des victimes et de leurs familles, mais de retrouver les principes fondateurs d’une bonne société dont un État possédant le monopôle de la violence légitime, qui soutient ces policiers lorsqu’ils respectent leurs missions et leurs obligations républicaines, qui dote ses soldats, mais aussi ses soignants des matériels de protection nécessaires, qui ne se contredit pas en permanence, qui ne bafouille pas devant toute remise en cause, un État recentré sur ses missions, un État solide, fort, qui ne vacille pas à la première escarmouche, dont le Chef de l’État qui doit amorcer un nouveau chemin mais se contente d’être un commentateur impuissant.

L’État ne doit plus se mêler de tout mais assurer ses missions régaliennes et la cohésion nationale pour le bien commun, et cesser d’entraver les collectivités.

L’idée n’est pas évidemment de revenir à un régime féodal qui donnerait à certains des pouvoirs dont ils se verraient bien les détenteurs pour assouvir leurs besoins de reconnaissance et leurs désirs de voir renaître des baronnies locales.

L’idée est de retrouver l’esprit de la République qui transférait la souveraineté du pouvoir central, c’est-à-dire royal, aux représentants de la nation constituée en assemblée pour rédiger la première constitution et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Ce n’était pas la première fois dans l’histoire de notre pays que cette aspiration à la décentralisation, qui s’avère tellement nécessaire au XXIème siècle, s’exprimait. Déjà, de 1356 à 1358, l’insurrection entendait établir en ce XIVème siècle, un nouveau régime. Ce que confirme l’historienne Françoise Autrand dont le propos est rapporté dans le livre Révolutions Françaises publié aux éditions Perrin Le Point : « jamais dans tout le moyen-âge on n’approcha de si près l’établissement d’un régime parlementaire. » Nous voyons bien ici, combien ce désir d’être maître de son destin, et non plus sujet d’une autorité de droit divin, travaillait depuis de longue date le peuple français, jusqu’à l’embrasement de 1789 dans un royaume affaibli par une dette abyssale (déjà !), une inflation des prix notamment du pain devenu inaccessible au commun, la propagation des rumeurs (déjà !), on dirait aujourd’hui des fake-news, sur la supposée intervention imminente d’armées étrangères au secours de Louis XVI. Tous ces paramètres, exacerbés par le sentiment de trahison et de défiance qu’a constitué la fuite à Varennes, ont signé la fin de la monarchie, malgré les tentatives de restauration.

Des ruines de la monarchie, donc de ses fondations, est née la nation républicaine. Car il n’est pas question de nier tout ce que le pouvoir royal durant mille ans, l’état jacobin, l’état centralisateur ont fait pour la France, cette nation à laquelle nous sommes si fiers d’appartenir. Il a fallu tant de siècles, de batailles, de morts, de querelles idéologiques pour que naisse cette figure abstraite dépassant nos clivages, nos propres identités individuelles, nos attachements territoriaux, ou bien même nos intérêts immédiats. À cet égard, l’unification par la langue et par la culture que j’évoquais précédemment, qui fût réalisée sous la IIIème République par les fameux hussards de la république, fût exemplaire et capitale. L’école, l’instruction publique, y jouèrent un rôle prépondérant.

C’est pourquoi veiller à faire de la République une réalité vivante pour garantir nos libertés, assurer l’égalité face à la loi, construire une fraternité qui transcende nos différences, est profondément lié à la transmission du récit et du patrimoine historiques. Cette histoire complexe et contrastée qui nous a conduits à être un peuple souverain, libre de ses choix.

Et se pose immédiatement la question de la démocratie, puisque nous avons le privilège, hérité de nos ancêtres de vivre dans un pays de liberté et de choix de nos dirigeants. Cette démocratie dépend aussi d’un substrat, d’une praxis comme disaient les Grecs qui ne peut se fonder sur la haine de par le peuple qui a fait le monde et les principes de la société actuelle.

Le doyen du Centre européen de sécurité George – C Marshall, Andrew A. Michta, déclarait récemment dans le Figaro : « quand notre identité nationale est déconstruite au point que nous ne croyons plus en un bien commun, la démocratie cesse de fonctionner ».

Nous sommes face à ce défi.

Quelles sont les attaques contre notre démocratie :
– D’abord extérieures avec le mythe de l’efficacité des dictatures ou des démocratures et des aspirations récurrentes chez nous par un dirigeant qui ne respecterait plus les libertés au nom de l’efficacité. Le défi est de prouver que la démocratie peut être efficace pour protéger.

– Extérieure toujours avec la volonté hégémonique et asservissante du totalitarisme islamiste qui continue dans le monde de s’attaquer par la violence immonde du terrorisme, et nous avons une pensée en ce 14 juillet pour les 86 victimes de l’attentat de Nice, il y a 4 ans, mais aussi par l’idéologie asservissante, à tous ceux qui refusent de se soumettre. Nous ne résisterons pas à cette idéologie sans nous-même exercer une force morale et culturelle ancrée dans les valeurs qui ont fait notre singularité et notre universalité.

– Autre exemple : le fait que la Basilique Sainte-Sophie, à Istamboul, quitte son universalité (acquise par son histoire, son statut de musée, son classement au patrimoine mondial de l’Unesco) pour servir les desseins religio-nationalistes du sultan Erdogan, est une immense régression, qui attise les volontés de choc des civilisations.

Notre démocratie républicaine subit aussi, et certainement avant tout, des menaces intérieures, qui sont le fruit de nos renoncements et de notre propre faiblesse morale. Je pense au communautarisme, à la désespérance sociale, et à cet incivisme insupportable que j’évoquais précédemment. Quelle image que celle du champ de Mars à Paris souillé dès le premier jour du déconfinement par un amoncellement de déchets, laissés derrière eux par des centaines de bobos qui par ailleurs souvent s’affichent dans leur sensibilité environnementale.
C’est un signe du délitement de notre société et de ce consumérisme post moderne qui ronge tout sens du Commun.

La démocratie ne peut vivre que si chacun s’en sent dépositaire et responsable. Or, où en sont nos vielles nations occidentales dans leur rapport à la responsabilité citoyenne ?

Comment s’exprime aujourd’hui l’opinion publique ?

Ce qui nuit à la démocratie est ainsi l’indignation permanente qui prévaut sur les réseaux sociaux et dans la façon de délivrer à présent l’information, indignation qui est un confort quand le contrat social nécessite un effort civique et citoyen.

La colère permanente ne peut fonder une vie politique démocratique et mature. Or, il ressort d’une étude publiée en Asie que les messages qui sont le plus partagés sur les réseaux sociaux sont ceux qui portent un émoticône de la colère. D’où une simplification manichéenne de toute position, qui tourne aux sentences morales et souvent à la fureur, rend impossible l’examen des avis contraires et la pacification sociale. Comme l’a parfaitement écrit Gérard Bronner, dans la dernière livraison de la revue l’éléphant : « Aujourd’hui, l’indignation est un feu dont les réseaux sociaux sont le carburant. Le risque induit est la fréquentation exclusive de gens qui nous ressemblent, donc une polarisation avec une concurrence interne à la pureté doctrinaire. C’est le premier pas vers la radicalisation. »

Dans le même esprit, la démocratie exige au sein du débat contradictoire le partage de vérités communes et admises sur les constats et les faits. Une autre étude, publiée récemment dans la revue Science, conclut que les fausses informations sont bien plus partagées et se diffusent six fois plus vite que les vraies sur Twitter. Or, désormais la presse reprend quasi systématiquement ce qui est déjà amplifié par Twitter.

L’algorithmie des réseaux sociaux et la façon de hiérarchiser les faits d’actualité sur les médias dits d’information accentuent tous nos biais cognitifs naturels, qui nuisent à la raison, à une approche rationnelle des problèmes, indispensable en démocratie pour ne pas être soumis à la dictature de l’émotion, de la sentence morale instantanée.

Là encore, pour faire une Nation responsable et apaisée, la réponse est dans l’éducation commune et la prévention face à ces biais, par l’exercice du doute constructif face aux millions d’images et d’affirmations que nous recevons. C’est pourquoi à notre modeste échelle locale, outre la formation au civisme, à l’étymologie, à la philosophie, j’ai souhaité que la Mairie de Cannes propose de façon innovante dans les écoles communales, depuis la rentrée de septembre 2019, des modules de prévention au risque des écrans, par l’apprentissage pour nos enfants des précautions à prendre pour filtrer et analyser ce qui circule sur le net.

Ce qui nuit à notre démocratie, c’est aussi la théâtralisation de l’offre politique nationale, souvent succession de postures, de coups de communication, d’annonces grandiloquentes sans suivi opérationnel, sans évaluation, sans même parfois la moindre effectivité, le moindre acte. Ce théâtre est très destructeur de confiance. Et la confiance dans les décideurs politiques, dont on doit pouvoir combattre les choix, ce n’est pas contradictoire, est indispensable pour fonder une véritable démocratie.

Retrouver une Nation française plus soudée, renforcée dans ses principes républicains et par une démocratie moderne et active, passe par le rétablissement de l’autorité de la puissance publique. C’est cette autorité, encadrée dans l’état de droit et contrôlée par les citoyens, qui est la garantie de notre liberté, à commencer par celle de ne pas être la victime des plus violents et des prédateurs de tous ordres.

L’impuissance de l’Etat, embourbé dans sa bureaucratie et qui embourbe le reste de la société, trop souvent incapable de faire respecter les règles de base de la vie en société, à commencer par celles de ne pas dégrader les biens d’autrui et les espaces publics, de faire respecter la Loi et l’ordre public, cette impuissance est devenue une grande partie du problème.

Voilà le danger qui guette les sociétés fragiles, timorées, ou vacillantes. Voilà le danger qui nous guette aussi si nous ne retrouvons pas le chemin de l’estime, du respect, de l’honneur de notre histoire.
Voilà le danger qui guette notre démocratie, qui ne mobilise plus les citoyens, si l’efficacité de l’action publique ne redevient pas une réalité tangible dans le quotidien de nos territoires.

Nous voyons monter depuis des décennies une union perverse entre la technocratie et la bureaucratie. Malheureusement, le fruit de cette union ne peut être qu’une administration sclérosée, un État impotent, incapable de répondre avec l’agilité nécessaire aux besoins des Français. Nous l’avons vu au plus fort de la crise sanitaire qui a révélé les défaillances terribles de ce système centralisateur dans ce qu’il a de plus archaïque. Nous le voyons chaque jour, où il faut sans cesse exiger des effectifs suffisants de policiers nationaux, notamment la nuit, se battre pour faire avancer des projets d’intérêt général comme les équipements anti inondations, y perdre temps, énergie et argent pour finalement aboutir avec des années de retard et des surcoûts, ou alors avancer moins lentement mais se mettre en insécurité juridique.

Le général de Gaulle lui-même, que tout le monde cite pour s’en prévaloir sans toujours le lire réellement, avait eu cette intuition que « le cadre de l’initiative et de l’action » devait être directement lié à « tout ce qui touche localement à la vie pratique du pays ». « Personne n’est plus convaincu que moi que la France est multiple » disait-il.

C’est aussi pour cela que dans son discours de Quimper qui annonçait le référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat qu’il appelait de ses vœux, il n’était pas question de renoncer aux attributs de la puissance de l’État mais de renforcer la cohésion nationale par le biais d’une réorganisation des pouvoirs publics prenant mieux en compte les réalités concrètes des Français.

Oui, c’est au prix de la simplicité et de la proximité que nous retrouverons le sens de la performance publique, donc d’une société plus soudée.

Donner davantage de libertés aux collectivités locales c’est responsabiliser les politiques pour au final rendre le pouvoir aux citoyens et donc au peuple seul détenteur de la souveraineté ainsi que le proclame notre Constitution.

Dans le monde complexe qui est le nôtre, nous n’avons pas besoin d’une administration qui complique les relations entre les élus locaux, leur capacité de décision et les agences d’État déconcentrées qui bien trop souvent ne les accompagnent pas mais empêchent toute initiative.

Nous avons besoin de simplicité. Pouvoir prendre une décision et la faire respecter.

C’est ainsi qu’à Cannes, pensez qu’il a fallu que je prenne ces jours derniers deux arrêtés municipaux pour interdire la vente et la consommation du protoxyde d’azote – que d’aucuns nomment le « gaz hilarant » – sur le territoire de Cannes afin de mettre un terme à des dérives qui commençaient à poser de graves problèmes d’ordre public et sanitaires auxquels l’État n’apportait aucune solution. La police municipale a dressé depuis le 26 juin une cinquantaine de procès-verbaux pour cette infraction, qui a coûté la vie d’un adolescent en France, et le phénomène est en train de quasi disparaître de nos rues.

En appeler à davantage d’autonomie pour les territoires, ce n’est pas renoncer à un État fort, c’est au contraire lui permettre de l’être réellement sur ses missions.

Tout comme, il n’est pas question de renoncer aux attributs de notre puissance au profit d’une Europe désincarnée, il n’est pas envisageable de tout transférer aux communes, aux départements ou aux régions comme le souhaiteraient probablement ceux qui verraient bien la France sortir de l’histoire. Notre pays doit davantage faire confiance à ses territoires comme il doit s’inscrire dans une Europe qui assume ce qu’elle est : un carrefour de nations différentes à travers lesquelles elle doit composer son propre récit en assumant la civilisation qu’elle porte en elle.

Face aux défis planétaires que constituent le changement climatique, la croissance démographique des pays pauvres, l’exploitation des ressources naturelles, les mouvements géopolitiques et migratoires exigent une vision incarnée, assumée et partagée sur la base de nos valeurs dans la défense de nos intérêts.

Pour notre nation, dans le monde multipolaire instable actuel, dans un monde de compétition économique et d’affrontements stratégiques autour du numérique qui conditionne notre prospérité et nos libertés, dans un monde explosif au regard des transitions géopolitiques et des antagonismes, la puissance est la condition de notre liberté, c’est-à-dire de notre souveraineté.

Oui il faut affirmer, en France et à travers l’Union européenne, une politique de puissance, économique, donc industrielle et numérique, culturelle, environnementale, pour relever les défis de notre époque, construire l’avenir et être à la hauteur de notre histoire.

L’Europe, en faisant de ses valeurs démocratiques et de son approche contemporaine de la vie dans le respect de l’écologie, a une chance historique de prendre une place géopolitique prépondérante et protectrice des peuples libres, que rendent nécessaire l’impérialisme chinois – qui se manifeste notamment à Hong Kong au mépris du droit international, l’affaiblissement des Etats-Unis, les velléités turques et les ambiguïtés russes.

Pas de liberté durable sans puissance, pas de puissance sans une vision, une cohérence, des efforts communs. Et donc sans une certaine confiance en soi qui passe par le respect de la mémoire et la fierté d’être Français.

Victor Hugo disait très justement, à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution de 1848 : « Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. »

Eh bien c’est ce que nous faisons aujourd’hui, sans rougir d’une page de notre histoire nationale, sans pardon à demander ni excuses à présenter, parce que l’histoire appartient au temps qui passe et parce que les générations d’aujourd’hui ne sont ni coupables ni victimes de ce que les circonstances, qu’elles n’ont pas connues, ont requis par le passé.

Elle est là la vibration héroïque à laquelle nous devons aspirer comme une fontaine à laquelle on vient se ressourcer. Oui, notre modèle est là, dans la France qui dit non à ce qui la souille, à ce qui l’avilit, à ce qui l’insulte.

Des hommes, des femmes incarnent aujourd’hui cette France debout, cette France des valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, ce sont précisément nos forces de l’ordre, nos soldats, nos pompiers, nos policiers municipaux, nationaux, nos gendarmes. Ceux qui travaillent chaque jour, au contact du risque permanent, à notre sécurité et à nos secours. Ceux qui défendent nos intérêts en opérations extérieures ou qui veillent en sentinelle sur l’intégrité de notre territoire. Qu’ils soient tous ici remerciés, salués, félicités, encouragés, soutenus par chacun de nous. Parce que oui, nous aimons la France. Parce que oui, nous aimons ceux qui la servent dans un esprit républicain.

Mes chers amis, en ce jour de fête nationale, pensons à tous ceux qui font la France et dont la crise sanitaire que nous venons de traverser nous a parfois fait prendre conscience avec plus de réceptivité. Tout d’abord toutes les victimes du coronavirus, spécialement ces plus de 30 000 compatriotes qui n’ont pas survécu à l’épidémie. Nous pensons à leurs proches, à leurs familles éprouvées dans un élan de fraternité nationale. Ensuite, comme je l’ai dit : tous les agents publics des différentes administrations et les militaires, le corps médical et les personnels soignant, les instituteurs, professeurs, enseignants, les commerçants, restaurateurs, plagistes, les petits-entrepreneurs, les artisans, nos pêcheurs, tous les corps de métier qui font battre le cœur économique de notre ville et de notre pays, frappés si violemment par les conséquences du confinement et de l’épidémie. Elle est là la France qui se bat aujourd’hui, qui essaie de surmonter l’épreuve, de reconstruire l’avenir. Elle est là la France qui a besoin de nous, de notre patriotisme, de notre civisme, de notre solidarité parce qu’elle ne retrouvera pas de croissance sans un effort collectif.

A l’heure de nous incliner avec respect devant ce monument aux morts pour saluer la mémoire de tous ceux qui à travers les siècles ont versé leur sang pour une certaine idée de la France, que ce fusse pour la couronne ou le bonnet phrygien, que ce fusse lors des équipées napoléoniennes ou lors des conflits du siècle dernier, tous les morts, tous nos morts nous appellent à la vie pour laquelle ils ont combattu, à la liberté pour laquelle ils ont tout risqué, à la justice pour laquelle ils ont refusé le déshonneur, au courage qui ne leur a pas manqué aux heures décisives, à l’amour de la Patrie, à l’amour de la France. Cette France qui est belle et admirable dans le sursaut. Cette France que nous sommes, que nous devons réveiller et entretenir par tous les temps.

Vive Cannes !
Vive la République !
Vive la France ! »

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