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Interview de David Lisnard dans La Tribune : « Je crois à l’avenir du commerce de rue »

Interview de David Lisnard dans La Tribune (9 janvier 2018).

Le premier magistrat de Cannes, qui pariait déjà sur le marketing territorial il y a dix ans, est l’un des rares maires à monter franchement au créneau contre l’hyperurbanisation et la multiplication des centres commerciaux. En assurant que l’avenir appartient au commerce de proximité.

DAVID LISNARD

MAIRE DE CANNES, VICE-PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DES MAIRES DE FRANCE

LA TRIBUNE – Vous avez écrit en juillet dernier une lettre au préfet des Alpes-Maritimes dans laquelle vous protestez contre la multiplication des projets de nouveaux centres commerciaux dans le département. Pourquoi ?

DAVID LISNARD – Il faut dire stop à l’excès d’urbanisme commercial. Bien sûr, il ne faut pas être campé sur une position défensive envers les centres commerciaux. Mais il faut de nouvelles dessertes, jouer sur la connectivité, développer le plaisir d’être en ville. Je suis pour la liberté, et la liberté, ce n’est pas l’anarchie. L’excès d’urbanisme commercial c’est la désertification des centres-villes. C’est aussi la destruction des paysages : certains centres commerciaux sont très jolis sur plans, mais les zones périurbaines où ils s’implantent sont en train de s’uniformiser sur la forme. Alors que l’une des forces de la France, ce sont justement ses paysages. L’autre problème lié à l’excès d’urbanisme commercial concerne l’imperméabilisation des sols. Il faut redynamiser les villes, les villages, les quartiers et il faut privilégier des coins ruraux. Pas les malls perdus en pleine campagne. Ce n’est pas un modèle de société. Je constate au passage que nous sommes un pays extrêmement réglementé mais que les règles ne protègent pas. La France est le pays européen où on dénombre le plus de surfaces commerciales de plus de 1 000 m2. Cela fait longtemps que je m’élève contre le délire de sururbanisation commerciale. Cela traduit aussi un attachement à un mode de vie et si nous voulons de la vie dans nos villes il faut des vitrines éclairées. Je ne veux pas vivre comme à Dubaï.

Pourquoi les centres commerciaux sont-ils perçus comme de la concurrence déloyale ?

Les investissements publics sont consacrés au développement d’infrastructures dès lors qu’il est question de la construction d’un nouveau centre commercial. C’est le cas à Valbonne [dans le périmètre de Sophia-Antipolis, ndlr] en plein coeur du parc de la Valmasque où il est prévu de nouvelles infrastructures liées à un projet de centre commercial. Cela induit une distorsion de concurrence. Il faut re-oxygéner les commerces de proximité, qui, j’en suis persuadé, ont de l’avenir. Il faut être proactif pour recréer des centralités en ville, séduisantes et modernes, qui réconcilient la proximité avec les outils numériques.

Dans ce contexte d’hyperurbanisation commerciale et de besoin de redynamiser le commerce de proximité, quel doit être le rôle du maire ?

Le rôle du maire est de fédérer pour donner une visibilité aux rues commerçantes, équilibrer avec le stationnement, faire du marketing territorial. Il faut comprendre qu’il est nécessaire de gagner en efficacité. Le commerçant prend des risques et doit être respecté pour cela. Les pays, les villes, les rues sont en compétition, elles doivent avoir des identités et il faut arriver à jouer collectif en matière d’animations. À Cannes, nous allons prochainement faire des annonces concernant le stationnement, nous développons le bus connecté, l’application Palm Bus permettra bientôt de recevoir des push-up [alertes] personnalisés pour annoncer les promotions des commerces de centre-ville. Les rues doivent être éditorialisées, certaines façades doivent bénéficier d’éclairages innovants, il faut travailler sur des ambiances olfactives et lumineuses. Il faut des show-rooms [espaces de présentation] en ville. Nous avons un projet avec Amazon d’ouvrir une librairie à Cannes. Je veux le meilleur de la proximité tout en étant connecté. Il faut utiliser les points forts du commerce de proximité, créer des externalités, jouer sur le tourisme et reprendre des techniques de valorisation des rues.

La tendance qui s’est dessinée lors du dernier Mapic (1) notamment, est la part belle qui va revenir au « high street retail » c’est-à-dire parier sur les commerces dans les rues emblématiques des grandes villes.

Le commerce de rue a plus d’avenir si on sait le rendre plus lisible par le numérique. Il faut savoir capter le flux de piétons, de voitures. Internet va avoir besoin du commerce de proximité. Il représente une concurrence directe mais le commerce qui apporte une diversité d’offre a un avenir. Cela peut être pour effectuer les livraisons, essayer les produits, c’est aussi pouvoir être des centres de maintenance mis en place par les enseignes présentes sur la Toile.

Quel doit être l’avenir de l’urbanisme ?

L’homme est un animal social. Il faut être vigilant sur ce sujet, mais je crois à l’avenir du commerce de rue parce que c’est moderne. Nous pourrions progresser davantage si nous pouvions gérer davantage nos rues. Sur l’incivisme notamment. Nous sommes démunis en droit. L’essentiel, c’est l’attractivité de la ville.

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(1) Mapic, salon international consacré à l’implantation commerciale, piloté par Reed Midem. Il se tient à Cannes chaque année au mois de novembre.

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