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Hommage : le 11 septembre… il y a 20 ans

A l’occasion de la journée du souvenir des victimes des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique, David Lisnard a rendu hommage aux disparus et tiré les enseignements de cette tragédie pour notre époque :

« 11 septembre 2001, 11 septembre 2021. Il y a 20 ans jour pour jour, le monde entier était suspendu à son écran de télévision, entre effroi et sidération, vivant l’horreur en direct sur toutes les chaînes de la planète. Elles diffusaient en boucle les tragiques images de ces avions s’encastrant dans les deux tours du World Trade Center, le Pentagone et un champ de Pennsylvanie. La réalité dépassait la fiction, avec l’acte terroriste le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, détruisant vies et symboles de la puissance américaine et, par ricochet, de notre modèle occidental.

2 977 vies et au moins autant de familles endeuillées ; plusieurs milliers de blessés marqués à jamais, dans leurs corps comme dans leurs âmes ; des milliards d’hommes et de femmes choqués, qui se souviennent encore aujourd’hui précisément de ce qu’ils faisaient à cet instant : le bilan est proportionnellement aussi important, démesuré, que ce 11 septembre aura marqué notre histoire et profondément changé la face du monde.

Comme un symbole, l’histoire nous rattrape 20 ans plus tard, non pas jour pour jour mais presque, après le retrait d’Afghanistan des troupes américaines, laissant le pays à la reconquête immédiate des talibans. 20 ans, plus de 2 400 soldats morts côté américain, 90 côté Français dont 10 dans la seule embuscade d’Uzbin le 18 août 2008, 1000 milliards de dollars, pour revenir à la case départ : ce qui devait être une délivrance, l’emblème de la lutte internationale contre le terrorisme, ne peut être aujourd’hui qualifié que de fiasco.

Il s’agit d’une défaite politique et morale, marquant l’avènement d’un grand danger pour l’Occident face à des islamistes renforcés dans leurs convictions de puissance et par cette reconquête territoriale, cette mission autoproclamée d’accomplir un projet divin traduite par leur approche fanatique du Djihad. Plus que jamais, la faiblesse nous expose, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, à la reformation de groupes islamistes très structurés et entraînés, outre la présence sur notre territoire hélas de nombreux soutiens, dont des activistes potentiellement terroristes.

Et pendant que certains membres du gouvernement français enfouissaient une demi-tête dans le sable en caressant le doux espoir que les talibans constituent un « gouvernement inclusif » (sic), ces derniers mettaient à nouveau en place leur régime de terreur, basé sur les principes macabres d’une charia fanatisée et violente, assassinant artistes, musiciens et humoristes, kidnappant et mariant de force de jeunes filles, rétablissant l’obligation de la burqa et martyrisant les femmes qui refusent de la porter. Alors que ces mêmes talibans affirmaient avoir éradiqué l’Etat Islamique d’Afghanistan, dans une tentative grossière de maquiller leur doctrine totalitariste, Daesh profitait de la cacophonie et de l’instabilité ambiantes pour s’engouffrer dans la faille, proférant un attentat meurtrier à proximité de l’aéroport de Kaboul, déjà théâtre de scènes surréalistes et depuis ce 26 août voisin d’un carnage qui a coûté la vie à 180 personnes, dont 13 soldats américains.

Face à cette déroute internationale, nous devons, en France, nous renforcer de l’intérieur où les métastases terroristes ne manquent déjà pas, et pour cela ne pas faillir dans notre capacité à appréhender la situation avec gravité, lucidité, combativité et solidité, et au contraire se défaire de tout réflexe de fausse bonne conscience ou de naïveté. L’islamisme a déjà frappé dans nos écoles, nos salles de concerts, nos supermarchés, nos entreprises, nos églises, nos avenues ou sur nos terrasses ; où frappera-t-il demain ?

Nous ne devons pas nous y résoudre avec, comme c’est trop souvent le cas, fatalisme. Nous ne pouvons plus allumer des bougies en comptant les morts. Il ne s’agit pas de simplement descendre dans la rue, mais bel et bien de combattre l’islamisme sous toutes ses formes : ne pas seulement lutter contre ce terrorisme qui tue, mais aussi d’affronter cette idéologie qui le nourrit, de mener le combat culturel qui va avec, de maîtriser nos flux migratoires et ne plus accepter par exemple qu’un taliban reconnu comme tel puisse passer à travers les mailles du filet et se retrouver, en 24 heures, sur le territoire français.

Dans un excellent papier publié récemment sur le site du Journal de Montréal, le sociologue Mathieu Bock-Côté rappelait à la réalité géopolitique qui est la nôtre : « nos élites continuent de vivre dans l’illusion de l’Occident dominant. Elles se croient appelées à commander le monde au nom de la vertu et à l’inspirer par notre modèle de civilisation, alors qu’il faudrait plutôt y sauver notre place et y défendre nos identités, nos frontières, nos intérêts, en sachant que nous n’y avons plus toute la place, et que nous devons défendre notre place. Si le monde occidental ne doit pas renoncer à la puissance, il doit cesser de croire qu’il incarne le destin de l’humanité entière. »

Si ce 11 septembre 2001 aura accéléré la mutation du modèle géopolitique mondial et servi de genèse aux formes de terrorisme moderne, désormais profondément ancré dans nos sociétés, force est de constater, vingt ans plus tard, que l’Occident a failli dans sa propre interprétation de ce changement radical et ses projections erratiques, hasardeuses. Que la bérézina de l’Afghanistan serve de leçon et nous enjoigne, 20 ans après les attentats du 11 septembre 2001, à enfin entrer dans le XXIème siècle. Un XXIème siècle qui exige, comme l’avait lumineusement prédit Malraux, une ambition spirituelle pour sauver la civilisation universaliste qui fait notre grandeur. Refusons le relativisme qui consiste à dire que toutes les valeurs se valent, ce qui conduit toujours au nihilisme dans lequel s’engouffrent les islamistes. Dans le respect des autres civilisations, affirmons et transmettons à tous nos enfants l’amour de notre pays, la pratique de la Raison critique, la beauté et la force de la liberté de conscience et d’expression, le respect de l’égalité des droits, la défense acharnée de l’égalité hommes-femmes, la subtilité de la laïcité, la puissance et la modernité d’une pensée héritière de la logique grecque, du droit romain, de la culture judéo-chrétienne, de l’esprit des Lumières, le goût de l’indépendance et de la responsabilité, la rigueur scientifique, l’ouverture aux arts et la transmission des grandes œuvres de l’esprit.

Et retrouvons le sens du sacrifice. Sans lui, une société ne peut pas résister aux dynamiques de l’obscurantisme totalitaire. »

David LISNARD

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