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« Il est temps de développer une politique française de maîtrise stricte du Covid-19 » Nicolas Bouzou et David Lisnard

TRIBUNE – Comme en témoignent des initiatives locales, une politique « zéro Covid », permettant de retrouver la liberté et la prospérité, est nécessaire et possible, plaident, dans une tribune au « Monde », l’économiste Nicolas Bouzou et le maire de, David Lisnard.

La première erreur face au virus est d’opposer systématique- ment liberté et santé, comme c’est le cas par facilité dans notre pays depuis plus d’un an. La seconde est de croire qu’on puisse retrouver la crois- sance économique et une vie sociale en laissant la maladie se développer. Il n’existe pas, dans le monde, de cohabi- tation entre une économie prospère et un virus du Covid-19 qui circule à haute fréquence. Tous les pays qui connaissent une reprise économique rapide (Israël, Royaume-Uni, certains Etats américains ou certaines villes comme New York, des pays du Moyen-Orient et d’Asie) ont combattu le virus grâce à une stratégie vaccinale ultra-offensive et rapide, couplée à des mesures barrières pragmatiques au quotidien.

C’est aussi la stratégie « zéro Covid » qui a permis de préserver les économies asiatiques. Or, l’approche nationale française récente considère, à l’inverse, qu’il faut « vivre avec le virus ». Il s’agirait donc adapter notre vie sociale et économique à une contamination qui resterait élevée. Malheureusement, ce choix repose sur des bases intellectuelles qui sont fausses. Un virus ultra-contagieux, avec un taux de létalité important, qui laisse plus de 10 % des malades avec des séquelles pulmonaires, musculaires ou neurologiques, qui envoie à l’hôpital 1 % des contaminés, qui génère de nombreux effets indirects délétères (par exemple les retards de prise en charge des maladies chroniques comme les cancers) est un fléau dont on doit se débarrasser. Un tel virus déprime l’économie.

Surveillance des eaux usées

La stratégie française de ces derniers mois nous semble donc avoir péché par « indulgence » ou nonchalance envers le virus. Il est pourtant nécessaire et pos- sible de développer une politique française forte de maîtrise stricte du Covid-19, qui respecte notre mode de vie et corresponde à nos mentalités. Des initiatives locales en témoignent. Car, même quand l’Etat faute, notre pays n’est pas complètement démuni, car des mesures décentralisées sont possibles, notamment au niveau des villes. Une stratégie municipale qui tend vers le « zéro Covid », seule susceptible de per- mettre une réouverture des commerces, salles de spectacle, restaurant, salles de sport… existe.

Cette stratégie repose sur quatre volets. Premièrement, tous les moyens doivent évidemment être mobilisés pour accélérer le rythme de la vaccination. Pour atteindre les publics cibles, et grâce à une bonne connaissance de la population, des agents contactent par téléphone les personnes âgées non vaccinées ou souffrant de morbidités pour les inciter à prendre rendez-vous. Les personnels des vaccinodromes sont formés à utiliser sept doses par flacon de vaccin Pfizer- BioNTech et non pas seulement cinq ou six. Les rendez-vous sont pris rigoureusement et les listes d’attente rationalisées. Deuxièmement, les super- contaminateurs doivent être pistés pour être isolés le plus rapidement possible. Traquer l’épidémie en amont de la formation des chaînes de contamination est possible en identifiant le virus dès son apparition dans les eaux usées et non simplement en observant a posteriori, à des fins d’indications épidémiologiques, le taux de contamination.

Actuellement expérimenté dans quelques communes dont Cannes, le dispositif Comete [Covid Marseille Environnemental Testing Expertise] de surveillance des eaux usées permet de remonter à un bâtiment précis, voire à un foyer, de vérifier aussi immédiate- ment les surfaces contaminées et d’identifier un futur propagateur de la maladie cinq à six jours avant qu’il ne soit positif aux tests ! Ce « backtracking » [traçage en remontant à l’origine] est primordial. En effet, 80 % des transmissions sont dues à 10 % des malades. Les pays qui ont réussi à se débarrasser du Covid-19 l’ont fait en identifiant les super-contaminateurs.

Autotests

Troisièmement, les villes peuvent investir dans des machines de désinfection rapide des objets, dans des détecteurs de concentration de CO2 pour aérer les locaux et dans des purificateurs d’air, très utiles dans les bâtiments recevant du public. Parallèlement, les entreprises doivent être conseillées et incitées à s’équiper ainsi pour protéger leurs salariés comme leurs clients et participer à la chasse au virus.

Enfin, les municipalités disposent de latitude pour renforcer les dispositifs de dépistage. Elles peuvent proposer, de manière répétée, des tests aux personnes les plus exposées et, plus largement, mettre des autotests à disposition des agents des établissements scolaires, des policiers, des agents de la ville ou des visiteurs des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le public doit, en outre, être sensibilisé à l’intérêt de l’auto-dépistage.

La mise en place de cette politique exige une gouvernance particulière de terrain qui consiste à coordonner l’action de toutes les parties prenantes : villes, agglomérations, professionnels de santé public et privé et l’ensemble des partenaires locaux potentiels. C’est ainsi, de façon pragmatique et rigoureuse, en proximité avec les habitants, par des mesures ciblées, micro-sanitaires, qu’on pourra à nouveau travailler et tout simplement vivre. Plus on va vite et plus on cible, plus de vies sont sauvées et moins on confine et interdit. La France doit enfin déployer une action sanitaire proactive, anticipée, méthodique et concrète. Notre liberté et notre prospérité en dépendent. Il y a urgence.

Nicolas Bouzou est économiste, fonda- teur du cabinet Asterès et auteur de Ho- mo Sanitas : histoire et avenir de la santé (XO Editions).

David Lisnard est maire de Cannes (Alpes-Maritimes).

(Le Monde – 22/04/2021)

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